Depuis vendredi 25 août 9 heures, des demandeurs d’asile qui dormaient dans la rue, sans nourriture et sans droit au travail (France, pays d’accueil ! ! ! ! !) se sont regroupés en face des services de la réglementations de la Préfecture, au 14 bis Quai Sarrail. D’abord une quinzaine venant des pays de l’est, ils ont été rejoints par des camarades algériens et ils sont aujourd’hui plus de 70 (le chiffre ne cesse de croître) à faire face à la Préfecture qui comme à son habitude refuse tout et n’a absolument rien à proposer si ce n’est une réunion pour le 15 septembre avec les organisation responsables.
Le Préfet nous a expliqué ce qu’était une organisation responsable (ce qu’évidemment le Groupe de veille n’est pas) : c’est une organisation qui sait établir des priorités (belle formule en vérité !). Mais dans les faits cela veut dire : accepter qu’il y ait des sacrifiés, de la casse et que voulez-vous c’est comme ça. Sans doute selon le vieil adage qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs sauf qu’en plus l’omelette on la voit pas venir. Il y a en France des gens qui vivent sans rien, absolument rien et qui n’ont aucun moyen d’avoir quelque chose, qui sont conDAMNÉS pour survivre à faire la manche ou à utiliser des moyens plus ou moins légaux.
L’irresponsabilité du Groupe de veille a consisté à proposer aux gens de se regrouper pour discuter des actions à mener pour sortir de cette catastrophe : qu’ils se rendent visibles.
L’irresponsabilité du Groupe de veille ça a été, avec ses faibles moyens, d’être avec eux une fois leur décision prise et de les accompagner dans leurs actions.
L’irresponsabilité du Groupe de veille ça a été de nommer la politique du Gouvernement de crapuleuse. Ce qui veut dire très malhonnête et sordide (Le Robert). N’est-il pas malhonnête de laisser entendre qu’on accueille les demandeurs d’asile et de les laisser crever dans la rue ! quant au sordide...
L’irresponsabilité du Groupe de veille c’est de refuser le sacrifice de gens, de penser qu’une autre politique est possible, qui compte tout un chacun qui est ici pour un, et non pour rien.
Monsieur Brachet, directeur lui d’une organisation responsable (Forum réfugiés), qui a participé à une grande fête sur le droit d’asile (Vienne), ne comprend pas cette action parce que dit-il : La situation des réfugiés n’est pas pire à Lyon qu’ailleurs (Figaro-Lyon). Terrible raisonnement qui a le mérite de reconnaître que nous sommes bien dans une politique du pire (en effet qu’y a-t-il de pire que de laisser des gens sans rien, strictement rien, que... la torture et la mort, ce que précisément la très grande majorité des demandeurs d’asile fuient).
Il dit également ne pas comprendre que nous manifestions contre le pays en passe de les accueillir. Là il se fout carrément de notre gueule et on n’aime pas. Parce que la passe en question, dont Mr Brachet vit, est un véritable traquenard et que d’autre part la passe est plutôt une impasse puisque comme l’on sait, il n’y a plus en France de politique d’asile : 3% de demandeurs d’asile territorial sont acceptés et un peu plus de 10% de demandeurs d’asile politique. Nous n’avons rien contre Mr Brachet qui fait son travail avec les moyens que le Gouvernement lui donne, mais lorsque, comme le remarque le journaliste du Figaro-Lyon, il tient un discours proche de celui de la Préfecture, et qu’il devient un militant de la politique gouvernementale, nous le combattons. Et qu’il ne vienne pas nous dire à son tour qu’il n’y peut rien !
A Bourg-en-Bresse, près de Lyon, une association qui gère des foyers d’accueil (OSER) a pris une toute autre décision. Elle a tout simplement refusé de renvoyer les gens dans la rue sans rien. Avec l’association Droit au Logement, ils ont réquisitionné 4 appartements, puis 2 autres, puis un immeuble où sont logés actuellement plus de 100 demandeurs d’asile. Oui, Mr Brachet c’est possible ! ! et vous le savez bien. Mais vous avez décidé que votre politique serait celle du Gouvernement et de vous faire le complice du Préfet. C’est votre décision, mais vous nous trouverez en face de vous, et ce face à face n’est pas celui des responsables et des irresponsables, mais le face à face de deux politiques (égalitaire/inégalitaire), le face à face de deux idées du pays dans lequel nous vivons vous et nous.
Remarque : pas plus les associations dites responsables que Mr Brachet ne sont passés voir les demandeurs d’asile leur expliquer ce qu’il en était de leur réalisme, et leur faire comprendre qu’il n’y pour eux pas d’autre possibilité, et d’assumer leurs décisions. Nous avons le sentiment que tout se passe comme si ce qui les gêne dans cette affaire ce n’est pas que des gens soient dans cette situation, mais que cela soit rendu visible, que des gens refusent de crever sans rien dire.
Depuis que les demandeurs d’asile sont installés quai Sarrail, le Préfet a continué sa politique de mépris des gens : lorsque mercredi, suite au communiqué d’alerte météo que ses services avait lancé, nous avons par trois fois appelé ses services pour avoir l’autorisation d’installer des tentes pour protéger les gens dont certains sont malades, le préfet ne nous a pas répondu. Mais dès les premières gouttes de pluie, 6 cars de CRS sont venus nous rappeler l’interdiction formelle d’installer des tentes ou des auvents. Les demandeurs d’asile ont décidé, en assemblée générale, de ne pas bouger, de peur de ne pouvoir revenir. Lorsque nous avons installé des bâches pour protéger les matelas et les couvertures, les CRS sont passés par deux fois vérifier que personne ne soit dessous : les gens devaient rester sous la pluie.
Chaque nuit un de nous reste la nuit, et cette nuit là, matériellement difficile, nous avons pu constater combien les difficultés rencontrées, loin de démoraliser les gens les rapprochaient et les rendaient plus forts. Le Préfet sans doute compte sur un pourrissement de la situation. Nous disons qu’il joue là un jeu dangereux et que s’il se retrouve dans les jours à venir dans une situation infiniment plus difficile à régler, il en portera l’entière responsabilité. Ces demandeurs d’asile n’ont rien, absolument rien et n’ont pas grand chose à perdre et dès aujourd’hui ils cherchent la solution qui leur permettra d’imposer à la Préfecture de leur reconnaître simplement le droit de vivre ici.
Tout un chacun peut passer quai Sarrail discuter avec eux, nous pensons que le fait que ces discussions aient lieu, c’est très important : qu’ils n’aient pas l’impression, en plus de faire face à un mur, d’être dans un grand isolement.
Nous rappelons que les demandeurs d’asile veulent :
Un hébergement décent et stable ainsi que les besoins alimentaires assurés pour tous : demandeurs d’asile politique et territorial, célibataires, couples et familles avec enfants.
Des délais plus rapides d’enregistrement des dossiers à la Préfecture.
Des autorisations provisoires de séjour donnant droit au travail.
Hannah Arendt écrivait en 1943 : "Certes, nous étions des "immigrants" ou de nouveaux arrivants qui avions abandonné notre pays parce qu’un beau jour il ne nous convenait plus, voire pour des motifs purement économiques. Nous voulions refaire nos vies, un point c’est tout. Or cela suppose une certaine force et une bonne dose d’optimisme : nous sommes donc des optimistes."
Groupe de veille pour la régularisation des sans-papiers.
Tel. : 06 72 66 24 81
groupeveille@free.fr