Aujourd’hui, au 71e jour d’occupation de leur filature, les salarié-e-s de la filature Mossley ont décidé d’accepter le plan social qui avait été négocié vendredi 31 août. Le vote s’est déroulé en début d’après midi à la filataure, au bulletin secret et après une séance d’explication du plan par les délégués du personnel. La CGT, majoritaire, était favorable à la signature.
94 salarié-e-s sur 123 étaient présents au moment du vote, soit 76,4 %.
74 ont voté Oui au plan social, soit 78,7 % des présents (60,2 % des salariés).
19 ont voté Non, soit 20,2 % des présents (15,4 % des salariés).
1 personne s’est abstenue.
Le plan social va donc être signé prochainement, moyennant quelques précisions qui doivent encore être apportées. Les salarié-e-s n’interrompent pas l’occupation pour autant, tant que la signature n’est pas effective. Ensuite, ils laisseront écouler le stock sous leur surveillance et conserveront une partie des locaux le temps que le plan soit entièrement appliqué. Mais la plus grande partie de la lutte est donc achevée, après 71 jours.
On peut analyser le vote de la manière suivante :
1. Par rapport au néant initial, les Mossley ont obtenu un certain nombre de garanties. On est encore loin des revendications initiales (80 000 F de primes au lieu de 300 000 F ; 25 reclassement maximum au lieu de 123 demandés), mais le patronnat a plié.
2. La stratégie des Mossley repose sur la médiatisation de leur lutte. Ils craignent, avec la rentrée et la durée de la lutte, de ne plus attirer assez l’attention et de retomber dans l’isolement.
3. La crainte d’un enlisement de la lutte : comme on le voit par le nombre de présents au moment d’un vote crucial, la mobilisation n’est plus totale. Elle repose de plus en plus sur un noyau dur, qui assure des permanences ou des gardes de nuit sans compter leur temps [quand je viens à la filature, je vois toujours plus ou moins les même personnes]. Pour ces ouvriers et ouvrières, sur la brêche depuis 71 jours, la situation devient de plus en plus difficile (tensions, usage de tranquilisants, problèmes de couples, fatigue intense). Les délégués du personnel, notamment, sont épuisés. Et rien n’assure une relève.
Sauf, deux, trois, mille Mossley !
Nicolas
| Rappel des acquis, avec quelques commentaires |
80 000 F d’indemnités de licenciements (50 000 F par le groupe Mossley et 30 000 F par le liquidateur judiciaire), qui viennent s’ajouter aux primes normales (soit environ 18 000 F pour 30 ans de carrière). Ces indemnités sont hypothéquées sur le stock et les machines, ce qui garantit leur payement. Elles seraient versées en trois tranches. [Pour mémoire, c’est la même somme que celle obtenue par les Cellatex l’été dernier]
Jusqu’à 25 reclassements, en fonction d’une foultitude de critères. [Un an après, l’immense majorité des Cellatex sont encore au chômage].
Le financement d’une cellule de reclassement pendant un an (2000 F / salarié de la part de Mossley-Badin et 7000 / salarié de la part de l’état)
Une aide psychologique et médicale pendant un an [apparemement, c’est une première. Après les licenciements massifs, les dépressions, les divorces et les suicides sont courants. Mais on ne le répétera jamais assez, psychologue = flic.]
Les poursuites judiciaires engagées contre deux salariés sont retirées. En échanges de quoi les poursuites engagées contre l’entreprise Mossley [le délégué syndical CGT Dany Steyaert et l’un de ses camarades sont menacés de 5 ans de prison].
http://www.crosswinds.net/ minerval/mossley