« L’accès à l’autoroute n’était pas menacé ».
Je ne comprends pas l’obstination à vouloir "faire porter le chapeau" aux
manifestants dockers. A la tête du cortège se trouvaient les cheminots
suivis des pompiers, des territoriaux, les enseignants suivaient ainsi que
les manifestants du privé. Pour ma part, je me trouvais en fin de cortège,
précédée des soit disant dockers "dangereux". La manifestation se passait
comme d’habitude dans le calme et la bonne humeur.Lorsque les CRS ont lancé
les bombes, la fin du cortège était loin du rond point. Si nous n’étions que
4000 personnes, l’accès à l’autoroute n’était pas encore menacé, alors
pourquoi avoir lancé ces bombes sans aviser les manifestants ?
A.
« C’est le droit de grève et d’expression qui a été remis en cause ».
« Je suis enseignante et je me trouvais dans la manifestation qui regroupait
bien plus de 4000 personnes. Le cortège était en effet beaucoup plus
imposant que le précédent , ne serait-ce que parce que d’autres secteurs,
tels les pompiers, les cheminots, les dockers, les services santé, Bégin
Say... y participaient. Dans cette manifestation somme toute très calme, se
trouvaient également des parents d’élèves , des élèves et des enfants en bas
âge. Soudain, alors que nous nous trouvions dans la rue très étroite qui
mène au carrefour Opel, la tête de cortège a pris la direction de
l’autoroute. Les cars de C.R.S qui étaient au nombre de 15 étaient déjà en
place. Les forces de police n’ont pas été agressées. Brutalement, des gaz
lacrymogènes très toxiques ont été dispersés et bon nombre d’entres nous, y
compris les enfants, ont été touchés aux yeux et à la gorge. L’atmosphère
était irrespirable. Un de mes élèves, âgé de 11 ans, a mis environ vingt
minutes à pouvoir respirer normalement. Qui a envoyé les C.R.S pour
négocier ? Ne serait-ce par le Sous -Préfet sous l’ordre de Monsieur Sarkozy ?
(...) C’est le droit de grève et d’expression qui a été remis en cause hier
à Calais. »
Mme D., enseignante
« Nous étions tous pacifiques »
« La manifestation à Calais a dérappé : pourquoi ? Les 3000 à 5000
manifestants (hommes, femmes et enfants) étaient de bonne humeur. Le défilé
s’est déroulé en chanson, comme dans n’importe quelle manif. Pourtant, en
arrivant en bas de l’accès à la rocade, les CRS nous attendaient. Alors que
les manifestants restaient très calmes, les CRS ont lancé dans la foule des
gaz lacrymogènes. Chacun a dû s’enfuir. Les CRS n’ont pas visé juste les
1ère lignes : c’est au milieu de la foule que les bombes sont tombées,
blessant plusieurs personnes. Après s’être repliée sur un rond-point, la
foule essayait de respirer, de reprendre ses esprits. Un étrange silence
régnait, tout le monde était sonné. C’est à ce moment que les CRS ont de
nouveau envoyé des gaz. Tout le monde s’est de nouveau enfui. Nous avons
pris ceci pour une provocation et cela a renforcé notre colère. Certaines
radios évoquent une agression de la part des manifestants. Pourquoi ? Rien de
tel ne s’est passé. Nous étions tous pacifiques, à part une poignée de
dockers plus déterminée, mais pas dangereuse... »
Anne, enseignante
« Nous ne sommes pas des délinquants »
« Mardi 3 juin. La manifestation de Calais tourne au cauchemar. Noussommes
au niveau du ron-point Saint-Pierre, femmes, enfatns, nous chantons en
défilant. Les CRS nous tirent dessus avec des gaz lacrymogènes. Les enfants,
entre 5 et 14 ans, hurlent, pleurent et vomissent. Qu’avons-nous fait pour
être traités comme des délinquants ? »
J.D.
« Pourquoi tant de violence ? »
« Cette manifestation n’a pas dégénéré rapidement. Elle se déroulait très
calmement comme d’habitude. Ce sont les forces de l’ordre qui ont eu peur
d’être débordées et qui ont lancé les grenades lacrymogènes sans sommation
ni discussion sur les manifestants. Le cortège n’a pas eu le temps de se
diriger vers l’autoroute. Les CRS ont envoyé leurs gaz sans tenir compte du
public de femmes et d’enfants parfois très jeunes qu’il y avait en face. Ils
ont envoyé leurs grenades dans les manifestants qui ont été blessés par
l’explosion de ces grenades. Bon nombre de personnes et des enfants en
particulier ont été traumatisés par une telle violence de la part de gens
supposés les protèger... Il est évident qu’après une telle agression les
manifestants étaient très énervés. L’incompréhension était réelle. Pourquoi
tant de violence alors que la manifestation était très pacifique ? C’est en
tout cas ce que j’ai ressenti et ce que bon nombre de personnes qui étaient
avec moi ont ressenti aussi.
M.L.