Boulogne sur Mer
L’intersyndicale avait mis au programme de la journée du 10 juin le blocage de Capécure. A Capécure sur le port de Boulogne plus de 6 000 personnes travaillent pour la marée. De 5 heures du matin à 15 heures les camions font la navette pour alimenter en produit de la mer le marché de Rungis. L’idée des grévistes était d’attaquer là où ça fait mal : le porte monnaie.
Les Dockers ont été les premiers à mettre les barrages en place vers minuit. Nous étions en train de coller lorsque nous avons vu la fumée des barricades de pneus. A 6 heures du matin quelques enseignants viennent sur les barrages relevés les camarades. Il y a également des cheminots, des ouvriers de marée (dont une partie de non grévistes : ils occupent avant ou après leurs postes). Les 5 accès au port de Boulogne sont bloqués. On laisse entrer les camions mais toute sortie est impossible.
Neuf heures trente manifestation en centre ville : 2 500 personnes selon la Voix du Nord. Peut être plus. Alors que la manif devait rejoindre le quartier de la marée et qu’un militant de la CFDT Marée nous appelle pour avoir des renforts au rond point de la Glacière, la tête du cortège CGT part en divaguant dans le centre ville. Nous ne sommes qu’une poignée à venir renforcer les barrages. La détermination des ouvriers de marée est impressionnante. La fumée des pneus indique que les barrages tiennent toujours. Premier incident, un patron de marée connu pour sa politique sociale musclée tente de forcer un barrage. Dommage pour sa Mercedes. Maintenant elle va rouler moins bien.
Une rumeur courre Capécure, les camions vont forcer le blocus à 12 heures, à 13 heures à 14 heures. Ce qui est sûr c’est que la grève n’est pas générale et qu’on travaille dans les magasins de marée. Vers 13 heures première vague d’assaut. Les flics de Boulogne ont revêtu leurs tenus anti-émeute. Le commissaire lance les sommations au rond point de la Glacière. Manque de bol pour eux le vent nous est favorable et une colline pleine de cailloux les surplombe. Quelques occupants se placent là. Petit à petit des renforts nous arrivent. Nous étions vingt à 11 heures nous sommes maintenant une cinquantaine. Les flics avancent nous repoussent avec leurs boucliers (pas de coups échangés) au delà de la barricade. Nous sommes au milieu du rond point. Les pompiers venus avec les cognes éteignent le brasier.
Honneurs aux boulonnaises
Dans le face à face qui suit le démantèlement de la barricade, les camions se préparent à partir. Des ouvrières de marée posent des planches à clous sous les roues. Les chauffeurs ont compris le message et n’insistent pas. Les hommes interpellent les flics qu’ils connaissent et à plusieurs reprises se mélangent à eux ce qui oblige le commissaire à faire reculer ses troupes pour prendre de la distance. Finalement ils retournent à leur point de départ. Nous reconstruisons une nouvelle barricade qui est enflammée immédiatement. Sur les autres barrages ils arrivent qu’on laisse sortir les particuliers. Les camions ne circulent toujours pas. Certains ont même placé leur bahut en renfort de la barricade.
A 15 heures le commissaire nous annonce la venue d’une compagnie de CRS de Calais. Ils sont signalés devant la poste par les camarades qui tiennent le barrage près de la douane. 15 heures trente ils prennent position devant nous. Un groupe est chargé de nettoyer la colline en surplomb. Un paquet est envoyé en vedette sur notre gauche. Incertitudes chez les 200 grévistes à présent regroupés. Un rendez vous est donné en cas de dispersion : le rond point qui se trouve. derrière les keufs. Des camarades dockers, cheminots ou mareyeurs tentent de résister à la charge. Quelques caillasses volent. La lacrymo couvre la fumée des pneus. Un camarade est frappé au sol, un est victime d’un tir tendu. Les CRS nous insultent copieusement.
Nous filons à travers les camions arrêtés et rejoignons tous le nouveau point d’occupation. Les camions sont de nouveau bloqués. Les boulonnais sont motivés pour résister aux keufs. Et jouer avec eux au chat et la sourie de rond point en rond point. Les CRS arrivent de nouveau. Un nouvel affrontement s’annonce quand deus ex machina le maire ps de Boulogne ramène sa fraise. Il a avec lui les leaders syndicaux enseignants. On t’avait pas vu avant toi !
Le deal qu’il a fait avec les patrons de la marée s’est de faire lever les barrages. Pour le notre qui aurait sans doute été levé dans l’indifférence durant l’après midi se trouve radicalisé par la répression policière la négociation est difficile. Très difficile d’autant que le temps travaille pour nous : les camions ne peuvent toujours pas circuler. Finalement, le maire obtient un barrage filtrant contre le retrait des CRS. Il a beau essayer de négocier les délais de passage plus importants les manifestants restent fermes. A 18 heures nous partons, les filtrages continuent
Le soir à 22 heures, cheminots, dockers ouvrier de marée installent deux barrages : rond point de la glacière et sur celui où nous nous étions repliés. De nouveau les pneus et palettes brûlent. Nous faisons la navette pour les alimenter. Il y a de moins en moins de monde pour tenir les barrages et à 4 heures du matin on va se coucher.
Quelques réflexions en vrac
200 personnes ont suffi pour bloquer complètement tout un secteur. Ce qui montre que les syndicats qui prétendent ne pas pouvoir bouger faute d’effectifs nous baladent. A 400 nous aurions été beaucoup plus efficaces des délégués syndicaux allaient bosser en saluant les grévistes... Et si tout Capécure avait débrayé on aurait même pas eu à se faire chier sur les barrages. Il est évident que cette action a permis de souder les ouvriers du public et du privé, que la détermination des camarades du port ou du rail a impressionné les enseignants, alors que la durée de la grève chez les enseignants a frappé le monde de la marée. Ce n’était hier pas un affrontement entre flics et casseurs mais entre force de l’ordre et une partie de la classe ouvrière. Les tactiques sont moins rodées mais les mots d’ordres sont appliqués à la lettre.
François (Boulogne sur Mer)