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[don't hate the media... become the media]   08/10/08 - 04:41
[dépêches]


Conférence mondiale contre le racisme : l’après-Durban a commencé

A l’issue de la Conférence mondiale sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, la FIDH exprime sa perplexité face à la faiblesse des réponses apportées dans la Déclaration finale par les gouvernements aux principales revendications des ONG indépendantes.

Il faut, certes, saluer la décision des Etats, en particulier européens, de rester jusqu’au bout de la Conférence, condition indispensable à la poursuite du dialogue multilatéral dans le cadre des Nations-unies, seule organisation internationale reposant sur un ensemble de conventions universelles relatives aux droits de l’Homme.

Sur le fond, il faut saluer le fait que la Conférence a été l’occasion pour les anciennes puissances colonisatrices de reconnaître l’ampleur des crimes commis et des conséquences qui en résultent encore, en termes de racisme et de discrimination raciale, et de relations économiques internationales.

Une étape positive a été franchie, qui consiste à considérer que l’aide au développement constitue aussi une réponse aux injustices historiques qui ont été commises.

Malgré l’absence d’excuses formelles et les réticences à déclencher le droit à réparation, la qualification des pratiques passées de l’esclavage et de la traite des esclaves comme crimes contre l’Humanité, représente une avancée indéniable et importante.

Le compromis trouvé par les Etats est décevant sur bien d’autres points : un silence assourdissant en ce qui concerne la discrimination raciale dans l’application de la peine de mort ; la dénonciation des discriminations en raison de l’orientation sexuelle a été délibérément supprimée du texte final. Certains passages, enfin, apparaissent comme nettement en dessous des standards internationaux.

En raison de l’opposition d’un seul Etat, la conférence a failli à son obligation de reconnaître les discriminations fondées sur l’appartenance à une caste, qui perdurent de façon pernicieuse en Inde, au Japon, en Afrique de l’Ouest, touchant des dizaines de millions de personnes. Malgré une mobilisation sans précédent, depuis plus de deux ans, des Intouchables et des ONG qui les soutiennent, malgré la promesse de l’Union européenne lors des travaux, de ne pas céder sur cette question, l’Inde a réussi à obtenir qu’aucune référence ne soit faite aux discriminations fondées sur la descendance et l’occupation. La jurisprudence du Comité des Nations unies sur l’élimination de la discrimination raciale a, sur ce point, été désavouée.

Sur le conflit israélo-palestinien, la conférence aura révélé le malaise existant quand il s’agit d’engager la responsabilité passée et présente d’Israël a l’égard du peuple palestinien, au sein même d’Israël et dans les Territoires occupés.

Les droits du peuple palestinien sont certes abordés dans la déclaration des Etats, mais aucune référence, ne serait-ce qu’implicite, ne concerne les pratiques graves de discrimination – au sens de la Convention des Nations Unies de 1965 – imputables au gouvernement israélien. Le programme d’action, pour sa part, ne présente sur cette question aucun intérêt.

Il faudra bien, un jour, que puisse être abordée la question israélo-palestinienne sous l’angle de l’ensemble des droits de l’Homme, et que puisse être condamné l’Etat d’Israël au regard de l’évaluation objective des violations des droits de l’Homme dont il est responsable, sans sombrer dans des qualifications parfaitement irrecevables -comme l’assimilation du sionisme au racisme-, mais sans se cacher non plus derrière la crainte de la délégitimisation de son existence. Comme la Mauritanie et le Soudan sur l’esclavage, comme les pays européens sur le traitement des migrants et des réfugiés, comme l’Inde sur la question des castes, l’Etat d’Israël, parce qu’il appartient à la communauté des nations, doit être tenu pour responsable des violations des droits de l’Homme qu’il commet.

Sur la quasi-totalité de ces points, le Forum des ONG a été le lieu de débats riches d’échanges et de perspectives, et a su prendre position. Les dérives condamnables qui s’y sont produites ont totalement occulté les nombreuses détresses, trop longtemps ignorées de la communauté internationale, qui y ont été rapportées. La Déclaration et le programme d’action des ONG, parce qu’ils sont la voix des victimes, doivent être lus et entendus.

Les pressions multiples exercées notamment par certains Etats sur le Forum des ONG, relèvent de l’attaque directe contre l’indépendance de celui-ci et d’une volonté délibérée de discréditer et remettre en cause le résultat de ses travaux.

La Conférence intergouvernementale pour sa part n’a pas su remplir l’essentiel de sa mission, c’est à dire apporter une réponse politique appropriée à l’ensemble des enjeux portés à son attention par les ONG indépendantes. Comme pour ce qui concerne la question des réparations, les autres questions non résolues ressurgiront avec d’autant plus de force que le message donné par la Conférence intergouvernementale est insuffisant. L’après-Durban a commencé.

FIDH
Tel : (331) 43 55 25 18 / fax : (331) 43 55 18 80
17, Passage de la Main d’Or - 75011 Paris – France
E. Mail : fidh@fidh.org
http://www.fidh.org


Source/auteur : CSSI
Mis en ligne le lundi 17 septembre 2001, par Aris
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