Combien de temps la Préfecture est-elle décidée à attendre pour apporter une réponse aux demandeurs d’asile en lutte pour leurs droits ?
Cela fait maintenant plus de 25 jours que les demandeurs d’asile (ils sont plus de 100 aujourd’hui avec des femmes et des enfants) dorment dehors (quai Sarrail) pour leurs droits. Les conditions climatiques se sont considérablement agravées et l’absence de tente se fait sentir durement : la pluie et le froid font que les gens soufrent de cette situation. « C’est dur » est souvent la première phrase que l’on entend le matin lorsqu’ils se lèvent, suivie d’un « c’est pas normal ». Il est clair que face à cette situation, la politique de la Préfecture est de durcir encore les conditions avec pour objectif que les gens désespèrent et retournent dans l’ombre défaits. Deux faits nouveaux : depuis mardi, des hommes armés (sans doute le plan vigipirate) interdisent l’entrée de la Préfecture aux demaandeurs d’asile qui s’y rendaient pour se servir des toilettes (il n’y en a pas quai sarrail). C’est sans doute le « traitement humain des situations » dont le Préfet nous rebat les oreilles. Nous avons dû intervenir pour qu’un demandeur d’asile puisse entrer pour effectuer un changement de domiciliation pour son dossier. Plus grave, nous avons compris que, dans le nouveau dispositif d’accueil mis en place par la Préfecture, ordre avait été donné de ne pas loger les gens présents sur la quai, et que les organismes cogestionnaires du dispositif y obéissaient. Le Préfet qui affirmait ne pas vouloir « favoriser » ceux qui luttaient pour leurs droits en fait le leur fait payer chèrement.
Tout cela les gens du quai Sarrail le savent et loin de les désespérer, renforce leur détermination : « maintenant que nous sommes sortis, nous nous batterons jusqu’au bout », affirment-ils, et « Nous ne savons pas encore comment nous sortirons de cette situation, mais nous en sortirons... et par le haut ! ». Des discussions sont en cours.
Lundi est passé Mgr Gaillot pour les soutenir et les encourager dans leur lutte. Ce fut un moment fort de discussions et d’échanges. Aujourd’hui c’est le philosophe Emmanuel Terray, militant du troisième collectif à Paris qui vient les soutenir. Ces visites sont importantes en ce qu’elles rompent l’isolement dans lequel se trouvent les gens en lutte. Et nous pouvons regretter l’extrême discrétion des organisations syndicales et politiques que l’on ne voit pour ainsi dire jamais. Ce sentiment d’isolement, face au mur de la préfecture n’est pas bon et nous appelons tout un chacun qui pense que cette lutte pour les droits est juste à venir rencontrer les gens quai Sarrail. Il est certain qu’il va falloir envisager une sortie de cette situation de plus en plus physiquement intenable, il va falloir « trouver un toit », que les gens se protègent. Quelle que soit la décision des demandeurs d’asile, et il est important que les gens décident eux-mêmes des formes de leur lutte, le groupe de veille continuera à être avec eux et ce même si nous sommes en désaccord avec les décisions prises.
Cette lutte est une lutte pour la vie, ni plus ni moins. Qu’est-ce qui rend une telle situation catastrophique possible ? Une politique : celle de Jospin et de son gouvernement pluriel. Son réalisme : l’économie française a besoin de travailleurs clandestins, la loi Chevènement les lui livre sans problème ; et son cynisme politique : pour être élu aux prochaines présidentielles, Jospin sait qu’il ne doit pas se couper de l’opinion la plus vile, alors il donne les signes d’une intransigeance réelle vis à vis des « étrangers ». Voilà pourquoi des gens peuvent vivre ici sans aucun droit, sinon celui de crever, sans que cela n’émeuve outre mesure le gouvernement. A moins qu’ils ne sortent de l’ombre parce qu’alors cette politique devient visible. L’homme est ainsi fait que certains d’entre eux parfois se lèvent avec courage pour dire l’injustice qui leur est faite et se battre pour une vie digne. Affirmer qu’une autre politique est possible, une politique égalitaire qui soit telle que chacun qui vit ici y soit reconnu comme « quelqu’un », d’où qu’il vienne. Tel est l’enjeu de cette lutte pour la vie, pour les papiers.
Hannah Arendt écrivait en 1943 : « Certes, nous étions des « immigrants » ou de nouveaux arrivants qui avions abandonné notre pays parce qu’un beau jour il ne nous convenait plus, voire pour des motifs purement économiques. Nous voulions refaire nos vies, un point c’est tout. Or cela suppose une certaine force et une bonne dose d’optimisme : nous sommes donc des optimistes. »
Groupe de veille pour la régularisation des sans-papiers
Tél. : 06 72 66 24 81 - groupeveille@free.fr