Abdel Mabrouki, salarié de Pizza Hut depuis 1993, et délégué syndical CGT depuis septembre 1996, vient de faire l’objet, pour la seconde fois, en un an, d’une procédure de licenciement. La première fois, c’était pour une obscure histoire de lardons. Cette fois-ci, le motif est tout aussi foireux mais la différence est que l’inspection du travail a donné son accord.
La précarité livrée à domicile
On a toutes et tous en mémoire les mouvements de grève qui ont secoué les grandes chaînes de restauration rapide à la fin de l’année 2000 et notamment à Pizza Hut, le numéro 1 français de la pizza livrée à domicile ... et de la précarité.
En octobre et novembre 2000, ce sont les salariés de plusieurs Pizza Hut de la région parisienne dont Levallois, qui expriment, par des grèves sauvages, leur ras-le-bol des conditions de travail détestables, les risques d’accident de la route ou d’agression qu’ils encourent quotidiennement pour des salaires de misère. Abdel est déjà de la partie, mégaphone à la main, tentant de canaliser les énergies et les revendications.
Début janvier 2001, l’accident mortel d’un livreur de 21 ans, François, du Pizza Hut du Mans, déclenche un vaste mouvement de protestation avec comme point central, le Pizza Hut du boulevard des italiens, à Paris qui fait grève pendant ... 32 jours.
Abdel et ses collègues en colère dénoncent en vrac la précarité de leurs conditions de travail, l’exposition au risque par le mauvais état des mobylettes de livraison, mais aussi l’insalubrité de certains locaux.
Dans la lancée, est fondé le Collectif CGT de la Restauration Rapide avec Corinne Chamorro pour Quick, Jean-Claude Riley pour Mc DO, Karim Rahmani pour Disneyland. Le mouvement attire très vite la sympathie de l’opinion et des médias.
Le 24 février 2001, le Collectif organisait sa première journée de grève avec le soutien de pas mal d’associations et mouvements comme AC ! ATTAC, UNEF, UNEF-ID, SOS RACISME, SUD, etc. ...
Dans la presse, à la télé, Abdel n’hésite pas à dénoncer le harcèlement quotidien dont il est victime.
La liberté syndicale hachée menu
Alors que, depuis sept années qu’il est dans la boite avec un dossier disciplinaire totalement vierge, Abdel, à peine délégué syndicale CGT, écope déjà d’un jour de mise à pied, puis de cinq.
Bizarre ? Non. La représentation syndicale, ça se passe comme ça à Pizza Hut.
Les grèves de novembre, c’en est trop pour la direction. Le 6 décembre 2000, Abdel est accusé de travailler « avec lenteur » ( !), d’avoir refusé « d’exécuter une tâche » (ça, c’est pour les lardons), d’abandonner son poste (dans le Code du travail, ça s’appelle des heures de délégation), « d’insuffler un esprit négatif » à ses collègues ! N’en jetez plus. Si c’était une pizza, ça serait la Suprême, sauce piquante comprise.
Licenciement express...
Le 6 février 2001, l’inspection du travail refuse le licenciement d’Abdel, ce qui n’arrête en rien la détermination de la direction de Pizza Hut de se débarrasser de lui. La direction engage un recours ministériel. Sans même en attendre le résultat, le 30 avril 2001, elle entame une seconde procédure de licenciement à l’encontre d’Abdel. Si ça n’est pas de l’acharnement, ça y ressemble !
Le 8 juin 2001, le Ministère rend enfin sa décision au sujet du premier licenciement et déboute la direction de Pizza Hut. Le Ministère constate la discrimination dont fait l’objet Abdel depuis l’acquisition de ses mandats syndicaux. On ne peut être plus clair.
C’est en rentrant de vacances qu’Abdel apprend avec stupeur que l’inspection du travail son accord à la seconde procédure de licenciement tout aussi infondée que la première.
Là, pas d’histoire de lardons à décongeler mais une sombre histoire de soudoiement et de tentative de corruption de la part d’Abdel envers un salarié ! On se croirait en pleine série B. Un témoignage le décrit au volant d’une voiture. Le problème, c’est qu’Abdel ne possède ni voiture, ni permis, ayant une vue déficiente.
Mais manifestement, l’inspection du travail n’a pas mené l’enquête jusque là. Cette fois, c’est Abdel qui se voit contraint d’engager un recours auprès du Ministère pour casser son licenciement et obtenir sa réintégration. Dans l’attente de la décision ministérielle, le voilà chômeur.
Le 6 septembre 2001, Abdel et une vingtaine de syndicalistes de Pizza Hut, Maxi-Livres, Mc Do, Quick, Disney Land, Extrapole, Printemps envahissent une antenne parisienne de l’inspection de travail pour dénoncer le harcèlement moral qui devient une banale méthode de management dans les chaînes de commerce et la répression de plus en plus musclée dont les représentants du personnel font l’objet dans ces différentes entreprises, avec l’assentiment plus ou moins tacite des inspecteurs du travail, l’affaire Abdel en étant la parfaite illustration.
M. Garreau, directeur départemental du travail pour Paris est appelé d’urgence pour les rencontrer. Sans apporter de réponses concrètes à tous les cas évoqués devant lui, se réfugiant derrière les limites les « limites du droit » et la sectorisation des inspections, il se propose néanmoins de se faire l’écho de cet échange auprès du Ministère de l’Emploi.
Une semaine plus tard seulement, Abdel est convoqué au DDTE pour plaider son dossier. C’est aujourd’hui qu’il faut mettre la pression.
TOUS ENSEMBLE
Salariés, étudiants, jeunes, syndicalistes, associatifs, citoyens, etc.
EXIGEONS la réintégration immédiate d’Abdel & DENONCONS la répression syndicale dans le secteur de la Restauration rapide.
Vendredi 28 Septembre 2001
Devant le Pizza Hut,
63 avenue de Wagram, Paris 17ème,
M° Ternes
A partir de 18 heures
Contact :
Tél. 06.16.16.11.60
cgt.pizza@libertysurf.fr
http://cgt.pizzahut.free.fr