Le parcours vers le Forum social mondial (Fsm) qui se tiendra à Porto Alegre du 31 janvier au 5 février 2002, en même temps que le sommet de Davos où les puissants de la terre planifieront leurs profits et les nouvelles zones d’influence dans le monde de l’après 11 septembre, est entré dans sa phase finale. C’est l’une des premières conclusions issues de la réunion du Conseil international du Fsm qui s’est déroulé à Dakar du 30 octobre au 1 novembre à laquelle ont participé des représentants de vingt-cinq pays africains, préparant ainsi la naissance du futur Forum social africain.
Une journée entière a été dédiée au débat politique sur la situation mondiale au travers duquel s’est dégagée une ample convergence d’analyse : la condamnation du terrorisme a été unanime tout comme sa tentative d’utiliser les batailles pour les droits de l’homme pour se justifier, en premier lieu la cause palestinienne ; aucune relation de cause à effet existe entre le terrorisme et la faim, la pauvreté et les conditions désespérées vécues par de nombreuses populations dans le monde. Il résulte par contre que la résolution de telles injustices peut constituer un élément essentiel pour soustraire consensus dans les pays musulmans, et en général dans les nations du Sud du monde, à ceux qui prétendent accorder une valeur politique à des actions criminelles comme celles du 11 septembre.
L’opposition à la guerre à réaffirmer le lien entre paix et justice sociale, égalité et droit des peuples à l’autodétermination économique.
Maria Luisa Mendonça du " Global Justice Center " brésilien a expliqué comment il est désormais devenu encore plus difficile pour les peuples latino-américains de s’opposer à l’ingérence économique et militaire des Etats-Unis : la lutte contre la drogue est seulement une justification pour réaliser le Plan Colombia qui prévoit non seulement l’utilisation directe des militaires américains sur le territoire colombien mais l’installation de nouvelles bases nord-américaines en Equateur et au Brésil, et de nouveaux accords entre Etats-Unis et le Panama. Plus compliquée devient la campagne des mouvements populaires contre l’Alca, l’accord pour le libre-marché dans tout le continent américain, occasion unique pour le profit des multinationales. A ce titre, la coordination des mouvements sociaux a une importance stratégique pour le succès des référendums proposés sur cette question dans toute l’Amérique latine.
Francois Houtart, prêtre à Bruxelles, mais plus connu comme l’animateur infatigable du " Forum mondial des alternatives ", a souligné le risque que courent les mouvements européens dans la gestion des conflits nationaux en défense du welfare et s’opposant au démantèlement des gouvernements nationaux, à savoir renoncer à prendre en considération les liens entre ecs thèmes et l’engagement plus global contre la globalisation néo-libéral.
Dot Keet, de " Alternative information and development " de l’Afrique du Sud, comme tant d’autres représentants des mouvements africains, a souligné le lien étroit entre la globalisation économique et celle culturelle, dernière étape d’une colonisation jamais interrompue. Keet s’est trouvé en parfaite syntonie avec les thèmes mis au centre des mobilisations contre l’Omc par le mouvement italien en prenant comme exemple le cas des médicaments contre le Sida. Keet a souligné l’irréformabilité de l’Omc et la nécessité d’annuler les accords Trips sur la propriété intellectuelle des brevets pharmaceutiques.
Le document final dénonce la tentative de criminaliser les mouvements contre cette globalisation et lance l’appel pour la participation au Forum de Porto Alegre qui s’organisera autour de vingt-quatre séances plénières, seize séminaires d’approfondissement et des centaines d’ateliers.
Le rapport avec les médias et leur utilisation par le mouvement constitue partout un objet de débat : après deux heures de discussion il a été décidé que chaque réalité décidera de sa participation, avant le Fsm, à des débats télévisés avec des représentants du Fmi et de la Bm.
Au sein du débat sur les formes de représentativité d’un mouvement voulant rester pluriel, ont été évoqués les risques de manipulations inhérentes à la transmission d’informations devant pouvoir être suivie dans des pays et des continents de cultures et langues différentes mais aussi l’opportunité de contacter directement de smillions de personnes en mettent en évidence des propositions concrètes, praticables et alternatives aux " recettes " proposées par les institutions internationales de la globalisation néo-libérale.
Pour coordonner la complexe machine organisationnelle et politique qui préparera le Fsm, s’est constitué un Comité formé de quinze personnes avec des représentants de tous les continents (pour l’Europe, en font parti Bernard Cassen, Gustavo Marin et Vittorio Agnoletto) qui sera en soutien du Comité brésilien. Plus de cinquante mille délégués sont attendus du monde entier à Porto Alegre pour le Fsm qui sera précédé, dans la même capitale de Rio Grande do Sul, par le " Forum mondial des organisations syndicales " et par la rencontre des associations environnementales. De nombreuses initiatives seront organisées durant les journées du Fsm : des forums des administrations locales et des parlementaires contre le libéralisme, en passant par un programme culturel très riche - au sein duquel a été accueilli avec enthousiasme une cession sur les journées de Gênes - à la constitution d’un tribunal international sur la dette des pays pauvres, à un camping organisé par les mouvements de jeunes que les délégués brésiliens ont voulu dédier avec conviction à Carlo Giuliani. Avec un même enthousiasme a été accueillie notre proposition de confier au maître italo-brésilien Martinho Lutero Galati, de l’association " Cantosospeso " adhérent au Gsf, la direction du concert prévu durant la cérémonie d’ouverture du Fsm.
Grande est l’estime dont jouit le mouvement italien ; l’écho des journées génoises est encore très fort : nous avons été en effet réellement assaillis de questions sur le mouvement italien et sur notre grande capacité de mobilisation pour s’opposer à la guerre ; forte est l’attente pour le rôle que la délégation italienne pourra jouer à Porto Alegre en relation à la capacité, démontrée tout au long de cette année, de conduire de manière unitaire d’importantes batailles.
Nous devrons donc tenir en considération, dans notre parcours préparatoire vers le Fsm, cette responsabilité à laquelle nous ne pouvons nous soustraire. De nombreux rendez-vous régionaux précéderont la tenue du Fsm : à Beyrouth, pour le forum du Moyen-Orient qui se révèle être un moment très délicat vu la conjoncture internationale ; le 25 janvier à Belem se déroulera le Forum des régions amazoniennes avec la participation des populations indigènes dont les résultats, suite au débat sur le destin de la plus grande forêt de la planète, auront un rôle non secondaire dans le débat de Porto Alegre ; la construction du Forum social asiatique sera plus longue, mais ce parcours est désormais amorcé et une contribution allant dans cette direction pourrait venir du Fsm en 2003 si son organisation sera confirmée à l’Inde. Les délégations européennes ont elles aussi lancé l’hypothèse, à confirmer lors des discussions internes à ces réalités : un Forum européen au printemps 2002 qui devrait se tenir dans le centre de l’Europe et un rendez-vous réunissant toutes les régions appartenant au bassin méditerranéen à l’automne 2002, juste avant le nouveau rendez-vous mondial de 2003.
La réunion du Conseil international du Fsm, dans un climat de grande fraternité et de respect des nombreuses sensibilités présentes, a fait ressortir la sensation d’une impétueuse croissance des mouvements contre la globalisation néo-libérale. Le Fsm pourra jouer un rôle important dans l’histoire des peuples, un nouveau monde de paix est possible et nécessaire.
Vittorio Agnoletto - José Luiz del Rio.
Il Manifesto le 3.11.01
Traduction Ludovic Prieur