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[don't hate the media... become the media]   08/10/08 - 04:22
[dépêches]
France

Prisons : Question de vie ou de mort

Le dimanche 27 mai à 15h10, un hélicoptère a survolé les cours de promenade de la Maison d’Arrêt de Fresnes et a tenté de faire évader deux détenus condamnés à de très longues peines. Le surveillant en poste à l’un des miradors a jugé opportun d’ouvrir le feu sur cet hélicoptère, alors que cela est non seulement contraire aux consignes mais parfaitement interdit. La société Hélifrance a d’ailleurs porté plainte pour protester contre ce geste qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques autant pour le pilote qui a failli être touché par l’une des balles que pour les détenus alors en cour de promenade qui ont failli voir l’appareil se transformer en bombe volante. La prise d’otages qui a suivi n’a, elle, mis aucune vie en péril… Empêcher deux détenus de s’évader vaut-il la vie de plusieurs dizaines de personnes ? Pour le surveillant Nicolas Tassin, il semblerait que oui. Pour l’Administration pénitentiaire, le fait que leurs membres aient un permis de tuer laissé à leur libre appréciation ne pose pas de problèmes non plus : le surveillant " héroïque " a été promu au grade de Premier surveillant.

La réaction crescendo des différents syndicats pénitentiaires cache mal leur énervement devant les " promesses " d’amélioration des conditions de détention. Voilà deux ans qu’ils cherchent à recréer un rapport de forces en leur faveur, tentant de faire croire à l’opinion publique que les très maigres changements à l’intérieur des prisons, que les projets pourtant encore très flous d’une future loi pénitentiaire donneraient les pleins pouvoirs aux détenus ! Pour eux, comme toujours, la seule administration possible des prisons est le tout répressif masqué sous les termes du tout sécuritaire. Quelle meilleur argument que de se poser en victime perpétuelle d’une gestion trop " laxiste " de la population carcérale qu’il représente comme un ramassis de fauves dangereux ? Quelle meilleure tactique que de faire monter la pression dans les prisons en bloquant les entrées et les sorties, les parloirs, les intervenants extérieurs donc les activités, les extractions, les permissions, en pratiquant des fouilles aussi générales qu’humiliantes qui rappellent d’autres époques et qui redonnent à l’univers carcéral son caractère totalitaire et sa vocation d’espace secret, invisible pour le reste de la société.

Presque personne ne sait, par exemple que des mouvements de protestation ont eu lieu à Fleury-Mérogis dans la nuit du 28 au 29 mai, faisant plusieurs blessés… L’Administration Pénitentiaire a le monopole de l’action répressive en toute impunité, de la parole, de l’information. Il leur est du coup bien facile de jouer la carte de l’apitoiement sur leur “pauvre sort” en se comparant à des sous-détenus, victimes d’une profession qu’ils ont pourtant choisie ! Qu’en est-il des suicides de détenus laissés sous silence, qu’en est-il des familles de détenus qu’on sépare de leur proche, qu’on censure, qu’en est-il de ces hommes et femmes que l’on met à l’écart du monde en arguant de leur " dangerosité " ?

Comme par hasard, à l’opposé des rapports " progressistes " des commissions parlementaires, des conclusions du Comité de Prévention de la Torture européen (CPT), ressurgit l’idée des Centrales à haute sécurité (dignes héritières des Quartiers de haute sécurité soi-disant abolis en 1982) dans lesquelles nos dirigeants (hommes politiques, juges, policiers, Administration Pénitentiaire, criminologues de tous genres…) aimeraient voir enfermer pour toujours ceux qu’ils considèrent comme " dangereux " : des malades qui n’ont rien à espérer en prison, espace pathogène et mortifère par excellence, des rebelles au système, refusant les règles d’un " jeu " économique qui fait que quelques riches vivent sur le dos d’e millions de pauvres, tous ceux qui, dedans comme dehors, refusent de baisser la tête devant une société fondamentalement inégalitaire, tous ceux qui auront tenté de s’évader, tous ceux qui auront participé à des mouvements de résistance. Tous ceux-là risquent fort, si l’on n’y prend pas garde, de se voir rapidement parqués dans ces nouveaux camps de la mort.

- Arrêt des condamnations systématiques à des longues peines
- Abolition des quartiers d’isolement
- Abolition du mitard
- Application immédiate des aménagements de peine (conditionnelles, permissions…)

Rassemblement devant la Santé, jeudi 7 juin à 11 heures, métro Glacière.

Collectif Pour en finir avec les prisons,
C/O CICP, 21 ter rue Voltaire, 75 011 Paris
Collectifprison@aol.com

N’oubliez pas les émissions de radio hebdomadaires pour les détenus et leurs proches : Ras les murs, 89,4 tous les mercredis de 20h30 à 22h30 et l’Envolée, 106,3 tous les vendredis de 19h à 20h30.


Source/auteur : Collectif Pour en finir avec les prisons
Mis en ligne le samedi 2 juin 2001, par HNS correspondance
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