Dans un contexte où le mouvement social est au creux de la vague, et où la loi LSQ vise à la criminalisation des mouvements sociaux, le but du FID est de poser les briques de l’action dans le respect des diversités. Il ne se situe pas au-dessus du mouvement social. L’objectif n’est pas de refaire ce qui a été fait mais créer un autre pôle de lutte et de mobilisation pour d’autres sujets de la lutte transversaux qui concernent tout le monde, et de proposer des actions. Il est ouvert aux militants et aux gens intéressés par toutes formes de lutte à titre individuel.
La réunion du 9/12 au CICP a été un succès, avec environ 150 personnes et de nombreuses organisations représentées. Tout le monde a pu s’exprimer. Les problèmes juridiques ont été exposés par des membres du Syndicat de la Magistrature et du Legal Social Forum belge. Le problème du fichage et de la cryptographie, avec la loi LSI, a été abordé. Il y a eu convergence autour de l’idée d’une action commune. La réunion du 18/XII constitue une préparation à une première journée d’action, qui sera choisie démocratiquement, travaillée de manière autonome mais organisée, lors de réunions de travail en plus petit comité.
La proposition du Forum qui n’est ni une structure au-dessus des autres organisations, ni un cartel d’organisations va à l’encontre de la culture d’organisation car il s’agit d’encourager la coopération et de trouver une capacité d’action commune pour tendre à la création d’un espace politique. Ce qui unit les participants du Forum, c’est que l’adversaire les identifie comme un enjeu unique. Il faut donc qu’il s’ouvre à d’autres espaces politiques que la répression qui est un terrain réactif. Dans les réunions préparatoires au 9/XII, il y a eu un débat sur l’insertion du thème de la répression dans des perspectives plus larges, comme les luttes autour des Mc Do, qui donnent naissance à des actions inédites non autorisées.
Il a été rappelé que toute communication dans le cadre du Forum se fait sans signature, ni d’organisation pour éviter l’apparition d’un cartel, ni à titre individuel qui n’aurait pas de sens. En effet, les pétitions, comme celles pour le Mc Do montrent une adhésion formelle, mais les signataires ne sont ensuite plus présents concrètement dans les actions. A l’inverse, le Forum privilégie l’action concrète à l’adhésion formelle.
> Les enjeux de la LSQ
Les participants à la réunion ont rappelé l’importance de la LSQ comme thème de lutte relié à un débat de fond. En effet, le cadre judiciaire européen n’est pas marqué par l’accélération de la répression, mais par la sortie de l’époque de l’Etat de droit et le passage à une société de surveillance caractérisée par un Etat d’urgence ou un Etat pénal, qui remet en cause les solidarités concrètes. Le mandat d’arrêt européen qui comporte la rétroactivité automatique, a donné lieu à des prises de position politiques inédites puisqu’il est soutenu par exemple en Italie par la gauche militante de Vittorino, alors que Berlusconi s’y est opposé à cause de son application éventuelle à des délits financiers. La LSQ caractérise un tournant dangereux pris par la France, et l’Union Européenne toute entière, avec la poussée d’un pouvoir gendarme/flic qui réclame le contrôle du judiciaire. L’ampleur des lois liberticides est encore mal comprise par une opinion publique qui considère qu’elles ne concernent qu’une minorité, alors que par exemple le STIC comporte 6 millions de gens fichés, y compris pour des contraventions au code de la route. Le thème de l’insécurité est l’exemple d’une conséquence sans cause, et on peut expliquer que les actes criminels s’étendront aux tags ou au fait de fumer un joint.
Il a été suggéré de mettre en place des groupes de travail portant sur les différents points des lois anti-terroristes de la LSQ contre lesquels seront ciblées des actions, pour bien connaître le sujet et élaborer des contre-propositions.
> Choix d’une diversité des actions à prévoir
L’ordre du jour prévoyait une discussion sur comment se coordonner pour une journée d’action ou une mobilisation collective, dont l’espace serait Paris. Il était donc prévu de choisir une date, décider de plusieurs actions, chacune liée à un thème de lutte, ou bien choisir un thème de la LSQ et faire une action dessus, puis de s’organiser.
L’idée de la diversité d’actions sur un thème commun a été approuvée : les participants du Forum se mettent d’accord sur ce qu’ils veulent dire, puis chacun fait en fonction de ses forces. L’avantage est que chaque structure peut préparer son action ou bien s’associer à d’autres organisations pour atteindre un objectif commun. Ce mode de coordination comporte des avantages, comme le fait de pouvoir annoncer à la presse plusieurs actions. Chaque organisation peut faire sa communication en plus d’un communiqué général expliquant l’action. Le problème majeur d’organiser plusieurs actions est qu’il y a moins de monde présent à chacune.
Plusieurs solutions à ce problème ont été proposées par les participants à la réunion : - On peut choisir d’organiser une action centrale soit sous la forme d’une manifestation, soit sous celle d’une occupation commune. Les objections à cette suggestion incluent le problème du froid qui réduirait le nombre de participants, et surtout le fait que cette action ne serait pas différente de ce que font déjà les organisations, et ne s’inscrirait pas dans une action de désobéissance contre la LSQ. - On peut répartir les actions sur une semaine, ce qui permet de participer éventuellement à plusieurs actions. L’avantage de mener différentes actions est la créativité et la possibilité laissée à chacun, sur une semaine, de trouver son rythme. Lors d’une semaine d’action, on peut imaginer un crescendo qui peut terminer sur une manifestation ou sur un événement festif.
Des suggestions ont été faites pour des actions concrètes dans le cadre de cette semaine de désobéissance : - On peut préparer l’occupation d’un lieu symbolique. - De la même manière, on peut définir des points de désobéissance dans la LSQ. Parmi les thèmes envisagés à titre d’exemple avant la réunion du 18 figuraient les occupations de laboratoires (cf. Act-up), Internet (cf. Samizdat), les transports (cf. AC !, le MIB), une occupation pour les sans-papiers, la grande distribution (cf. la Confédération Paysanne). - Si on envisage d’étendre le champ d’action à des pratiques de tags, on ne mobilisera pas des mouvements de masse, mais cela permettra à des gens non insérés dans des organisations de participer, simplement sous la forme de groupes de copains souhaitant sous cette forme prendre part au mouvement. - Si par ailleurs des groupes veulent préparer des actions directes plus dangereuses, ils le peuvent, sans que le Forum entier en soit responsable ou même au courant des détails concrets, pour des raisons de sécurité. - Il a été proposé de terminer la semaine par une fête, une action peu illégale, par exemple sur le mode d’une free-party. Cependant il a été souligné bien qu’une coopération avec le milieu des free-parties serait intéressante, elle n’est pas facile, comme l’a montré l’expérience de Faut Réagir.
Le positionnement du Forum par rapport aux actions violentes
La question de la diversité des actions a amené le Forum à réfléchir au soutien apporté à des actions violentes. Doit-on définir jusqu’où on accepte l’action, dégâts matériels, violences sur des personnes, et par conséquent poser des limites ? Serait-ce alors contradictoire avec le principe d’ouverture du Forum sans structure ni cadre ? Le cas du Front de Libération des Animaux en Grande-Bretagne a été cité, qui n’exclu que les violences contre les personnes. Pour ne pas donner un blanc-seing sur n’importe quelle forme d’action, on peut établir une plate-forme commune de principes, comme l’orientation des actions contre la LSQ, ainsi qu’un petit nombre de lignes de conduite.
Dans cette perspective a été posée la question de la possibilité d’action organique du Forum, qui doit éviter de vouloir faire converger des positions différentes des diverses organisations qui y participent. En effet, chacun amène de sa militance quelque chose de nouveau qui va donner naissance à une synergie débouchant sur quelque chose de dynamique ; ce principe est celui de groupes d’affinité qui jusqu’à présent se sont retrouvés dans le cadre de contre-sommets. Pour pouvoir travailler ensemble, il faut s’ouvrir aux différentes organisations et faire le pari de l’intelligence de ces groupes dès lors qu’ils font partie de ce Forum. Le but n’est pas de s’unifier sur des principes théoriques ; il faut privilégier l’action sur l’accord programmatique. Le modèle du mouvement anti-mondialisation est intéressant, car lors de grands rendez-vous, des gens ont fait des choses ensemble même sans unité d’action. Si on s’écarte du problème du Genova Social Forum autour du respect de la propriété, on peut faire travailler ensemble des gens violents et non-violents comme à Göteborg, où le Black Block et le cortège non-violent ont cohabité sans problèmes.
Plutôt qu’un consensus préliminaire impossible à atteindre (comme le montre la question de l’anti-capitalisme), il convient de privilégier ce qui rassemble les participants pour que chemin faisant on voit plus tard le reste, en s’écartant du fétichisme de la distinction entre violence et non-violence. C’est la pratique qui rassemble les gens dans un processus, un parcours collectif repérable dans les mouvements anti-mondialisation, qui ont gagné quelque chose, même si ce n’est que la petite satisfaction de voir les gouvernements devoir se réfugier pour tenir leurs sommets. L’essentiel du travail du Forum est de fonder un espace commun, avant de lancer une action dont la réussite dépendra de la capacité des participants à fonder une dynamique, sans qu’on puisse forcément identifier un moment fondateur.
> Propositions d’actions
Pour conserver ce principe d’ouverture, il n’est pas nécessaire de revendiquer toutes les actions réalisées dans cette perspective, des groupes pouvant faire un tract après coup, y compris sur des thèmes festifs ou créatifs. Cependant, il faut communiquer sur les différents points abordés, expliquer le fond de pourquoi on désobéit. La publicité est utile car il y a alors une visibilité de l’action comme message destiné au pouvoir en cette année électorale : il faut donc aussi travailler sur la communicabilité des actions.
Les participants au Forum ont donc proposé d’envisager des actions diverses situées sur des plans différents, dont le point commun serait de s’éloigner des clichés. Certaines actions peuvent être illégales et confidentielles pour certains groupes comme hacker un site officiel ou rendre inopérantes des caméras de vidéosurveillance : elles ne s’annoncent pas à l’avance. Le Forum appelle à la désobéissance, mais il ne s’agit pas d’une injonction à l’action.
Le tour de table final montre en effet que beaucoup de participants souhaitent passer à l’action concrète sans se limiter à une action symbolique qui de plus est difficile à comprendre pour le reste de la population. Il faut privilégier des actions visibles et de lisibles, montrer une unité de l’approche, donner une image. De cette manière on s’adressera à des gens qui ne militent plus, et qui pourront s’il le souhaitent se joindre à une action simple, moins radicale pour permettre aux gens de venir rencontrer le Forum, comme par exemple dans le cadre de la fête finale qui a été suggérée et qui fera valoir un aspect créatif de la lutte, car il faut imaginer des propositions et pas seulement se battre contre quelque chose.
La question de la temporalité du mouvement a été abordée : pendant les différents rassemblements, Gênes, Prague, Seattle, on constate une floraison militante, y compris à Bruxelles qui a montré que le mouvement s’est manifesté bien que menacé d’être assimilé aux terroristes. Mais dans une autonomie par rapport aux partis politiques, il faut savoir comment les participants du Forum rempliront la durée, pour éviter une mobilisation ponctuelle entrecoupée de périodes de vide, de la même manière que les gouvernements mettent en route l’appareil politique pendant une échéance électorale et entre temps pratiquent une simple gestion. A l’inverse, il faut investir l’espace public par une subversion positive à l’aide d’outils qui interpellent l’opinion publique, ce qui pose le problème de trouver une autre forme de relais que les media et alerter avec des outils autonomes : la pratique de l’agit-prop, des occupations de salles de cinéma, de théâtres.. L’objectif est de relancer une dynamique, d’interpeller largement et d’élargir les réseaux, ce qui oblige à rendre visibles, lisibles, pour occuper en permanence l’espace public sans rester focalisé sur les grandes messes.
Il y a donc un double espace à occuper par le Forum, entre les nouvelles technologies et l’opinion publique. D’une part les participants pourront mener des actions qu’ils souhaitent sans qu’elles soient policées par le Forum ni qu’elles obéissent aux limites imposées par les lois imposant un moule de militants. D’autre part la communication vers l’extérieur sera travaillée pour rendre ces actions lisibles et reposera sur une réflexion de fond.
> Choix d’une date pour la semaine de désobéissance
Des participants au Forum ont trouvé qu’un délai laissant jusqu’à la mi-janvier pour organiser une action est trop juste, car il faut d’abord apprendre à se connaître et à décider d’orientations ensemble, ce qui nécessite de discuter. Fin janvier sera organisée la Zelig Conférence, avec la remise des Big Brother Awards, à laquelle s’associe Souriez Vous êtes filmés.
Il a été proposé d’étendre la proposition d’action au niveau national, car il existe des villes de province avec des traditions de lutte implantées. La LSQ, en tant que globalisation de la répression, se situant au niveau européen, on peut envisager d’étendre l’action à Bruxelles, où le mandat d’arrêt européen qui n’a pas été encore ratifié vient d’être appliqué contre un Basque expulsé. Par ailleurs, le 15/I est organisée la rencontre du MEDEF à Lyon. Il a été envisagé d’organiser la semaine d’action la première semaine de février, en enchaînant sur la Zelig Conférence et les Big Brother Awards. Par ailleurs le DAL prévoit un grosse action le 27/I, et la saisine citoyenne du Conseil d’Etat par LSI-Jolie aura déjà eu lieu au moment de la semaine d’action.
Des participants ont proposé de parler du Forum auprès de leurs organisations respectives (comme par exemple le Réseau contre la Fabrique de la Haine). D’autres ont proposé des actions imaginées dans le cadre de la semaine de désobéissance. Par exemple, AC ! va proposer une action sur le transport par rapport au Réseau pour les transports gratuits. Il a été par ailleurs décidé de contacter le Syndicat de la Magistrature et LSI-Jolie pour élaborer un outil de communication sous-forme contre-loi LSQ (une " Loi sur la Sérénité du Quotidien " ?), qui étudierait les points principaux de la LSQ - une idée qui avait été utilisée lors de la saisie d’Altern. Le Syndicat de la Magistrature avait proposé lors de la précédente réunion une stratégie de l’engorgement procédurier. Il s’agit d’action à plus long terme, mais la loi étant déjà passée, la lutte sur le décret d’application.
D’autres organisations travaillent en ce moment sur des questions liées à la LSQ, comme SUD-rail qui a organisé une réunion sur ce thème ; il a été proposé de leur expliquer ce que fait le Forum en allant les voir, même si ce sont des structures un peu plus dures à mettre en mouvement. De la même manière, il a été recommandé aux participants de présenter le Forum quand ils participent à d’autres réunions ou actions.
> Préparation d’une prochaine réunion
Comme certains participants du Forum n’ont pas pu assister à la réunion du 18/XII (en particulier à cause du changement de date), une deuxième réunion plus large et plus concrète sera organisée : en particulier, seront contactés le Syndicat de la Magistrature, le MIB, Act-Up. Il a été proposé que d’ici cette réunion les participants approfondissent le travail de fond, proposent des actions, et cadrent leur approche de l’organisation, en en discutant dans leurs groupes, ou individuellement pour voir avec quels groupes converger. Il faudra également réfléchir, dans le cadre de prochaines réunions, aux moyens de communication (appel, affiches, etc..) mis en place.
La question de la circulation de l’information a été abordé : le problème se pose des adresses e-mail fausses (près de la moitié) ou des gens sans Internet. Une boîte aux lettres du Forum sera créée au CICP, en utilisant celle du Centre de Documentation de RC. Les documents seront également présents dans le casier de Geneviève à Droits Devant ! Il faut cependant faire attention à maintenir à jour le contenu des boîtes aux lettres. Geneviève va également contacter les gens par mailing list, phoning et par l’intermédiaire d’un espace Indymedia/Samizdat.
PROCHAINE REUNION
Samedi 12/01/2002 - 11h-14h30
CICP 21ter rue Voltaire
Ordre du jour :
- préparation concrete de la semaine d’action
- présentation des idées et organisation concrète
Contact : Geneviève 06 09 99 49 70
ou genepons@hotmail.com