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[don't hate the media... become the media]   08/01/09 - 05:55
[dépêches]
Gênes 2001

Femmes et mondialisation

Pour contester les travaux du G8, Gênes sera transformée les 15 et 16 juin en capitale mondiale du mouvement des droits civiques et politiques des femmes Le prochain sommet du G8 aura lieu à Gênes en juillet 2001 et sera consacré au problème de la Dette. Les pays du G8 prétendent gouverner et de fait, gouvernent la planète sans aucun mandat : s’il existe des traités internationaux qui sanctionnent, bon gré ou mal gré, l’existence des Nations Unies, de la FAO, les pays du G8 ne répondent qu’à eux mêmes et s’auto-légitiment Ils imposent des politiques néo-libérales qui aggravent l’insécurité économique et les inégalités sociales, entre pays du Nord et du Sud d’une part et à l’intérieur de chaque pays d’autre part.

Les femmes sont les premières victimes de ces politiques :

- La réduction des dépenses de l’Etat a entraîné des licenciements massifs dans le secteur public - santé et éducation surtout - où les femmes sont majoritaires. Les réductions des dépenses publiques ont touché particulièrement les personnes les plus dépendantes des services sociaux : les pauvres (qui à 70% sont des femmes), et les foyers monoparentaux (80 à 90 % des foyers pauvres ont une femme pour chef de famille). La malnutrition s’est aggravée, surtout chez les femmes et les enfants : le nombre des personnes ne mangeant pas à leur faim a atteint 840 millions, comprenant essentiellement les enfants de moins de 5 ans (notamment les fillettes) et les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitant (80% des femmes enceintes en Asie sont anémiques). D’une manière générale, les femmes, responsables des soins et de la subsistance de leur famille, ont dû déployer toutes leurs ressources pour faire face à la hausse des prix et à la pénurie de produits alimentaires essentiels.

- La privatisation des secteurs de l’éducation et la santé a fait reposer sur les femmes les tâches, les soins et les systèmes de soutien précédemment assumés par l’Etat pour la collectivité. La mondialisation a amplifié leur travail non rémunéré, dans un contexte où elles étaient déjà surchargées. Ce type de travail, invisible et non reconnu, a toujours existé. Mais maintenant ce sont les institutions internationales comme la Banque Mondiale qui, à travers leurs projets, l’organisent et l’accroissent au profit du libéralisme.

- La précarisation des emplois s’est développée, touchant en grande majorité les femmes, et de nouveaux types d’emplois à très bas salaires se sont multipliés, concernant là encore essentiellement les femmes.

- Le phénomène de migrations s’est considérablement accentué, conséquence des compressions de salaires et du chômage. Cette tendance concerne de plus en plus de femmes qui représentent maintenant la majorité des migrants en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. A la fin 1996, entre 1 et 1,5 millions de femmes asiatiques avaient quitté leur pays pour des emplois domestiques au Moyen Orient, en dépit des mauvais traitements souvent réservés à ce type d’emploi. La prostitution, causée par la misère, est partout en augmentation, en particulier dans les pays l’Europe de l’Est. Un véritable trafic s’est organisé à l’échelle internationale, bien souvent avec la complicité passive des gouvernements qui voient d’un bon oeil l’arrivée des devises.

- La dérégulation du marché du travail a entraîné la surexploitation de la main d’oeuvre féminine. Dans les zones franches (environ 850 dans le monde), les législations sur le travail sont suspendues ou inexistantes. Le travail s’apparente à du semi-esclavage, très pénible et souvent très dangereux. Selon les pays, entre 70 et 90% des employés des zones franches sont des femmes. Ces zones se multiplient et sont créées dans le but avoué d’employer les jeunes femmes qui sont « plus dociles et plus résistantes » et qui acceptent surtout des salaires très bas. Fréquemment ces femmes sont victimes de violences physiques, harcèlement sexuel, voire de viols, qui ne sont jamais condamnés par les Etats concernés.

- La préférence est donnée aux garçons pour la scolarisation, lorsque les familles n’ont plus les moyens pour l’éducation des enfants : entre 1985 et 1997, les taux d’inscription des filles à l’école ont chuté dans 34 pays, et 2/3 des enfants non scolarisés sont des filles. Des liens ont été mis en évidence par l’Unifem (Fond de développement des Nations Unis pour la femme) entre l’endettement accru des pays et la baisse de l’inscription des filles dans les écoles secondaires.

Dès 1992, le Conseil Economique et Social des Nations Unis reconnaissait que les Plans d’Ajustements Structurels violaient les droits économiques et sociaux. La récente Marche Mondiale des femmes contre la pauvreté et les violences a réuni plus de 35000 participant-e-s à Bruxelles lors de l’étape européenne, et a mobilisé de nombreux mouvements de femmes, dont nous partageons les idées.

Une rencontre internationale de femmes est prévue les 15 et 16 juin qui se propose de transformer Gênes en capitale mondiale du mouvement des droits civiques et politiques des femmes, et qui demande le respect de la démocratie, la justice sociale, et s’élève contre la loi du profit.

Le groupe Femmes et Mondialisation » d’Attac est partie prenante de ce mouvement de femmes qui contestent les travaux du G8. Il sera présent à Gênes pour le grand rassemblement des 15 et 16 juin et lors du sommet des 20 et 21 juillet pour réclamer :

- l’annulation de la dette extérieure publique des pays en développement,

- le versement des sommes correspondantes à un fonds de développement démocratiquement contrôlé par les populations (à travers les mouvements de femmes, les ONG, les associations),

- la définition d’objectifs explicites pour ce fonds visant à atteindre l’égalité économique des femmes et l’éradication de la pauvreté, à partir d’une analyse intégrant la dimension hommes/femmes et utilisant les indicateurs du développement ventilés par sexe.

- l’instauration d’un modèle de développement socialement juste et écologiquement soutenable. En d’autres termes, nous voulons promouvoir la réalisation des droits humains et fondamentaux, l’égalité entre les hommes et les femmes, et le respect de l’environnement. L’égalité entre les hommes est les femmes est un objectif à part entière qui doit être poursuivi à travers tous les objectifs de développement et qui constitue une condition préalable à l’élimination de la pauvreté mondiale.

Groupe Femmes et Mondialisation, Attac Paris 14
femmes.paris14@attac.org


Source/auteur : Attac
Mis en ligne le lundi 11 juin 2001, par Aris
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