Le « nettoyage de printemps » des squats dijonnais en cette fin de
trêve d’hiver a commencé ce matin, avec l’expulsion du squat
féministe La Courdémone, situé 15, cours du Parc. Refusant
l’expulsion, les occupantes sont parvenues à résister pendant près de
3 heures, avant d’être finalement évacuées. Voici un petit résumé des
événements :
Vers 06h00, les flics sont arrivés en nombre (7 voitures, 3 vans), en
affichant leur diversité : brigade canine pour tenir la rue, flics
casqués avec matraques, lacrymos et pieds de biche pour lancer
l’offensive, RG & flics cinéastes à l’affut du moindre mouvement, et
un certain nombre de pions supplémentaires pour garantir le « bon
déroulement » de l’opération. Accompagnés d’un camion de
déménagement, ils ont vite été rejoints par un convoi de parpaings et
de ciment. Saluons au passage les sociétés POLI et SDAT pour leur
aimable participation (la SDAT étant une entreprise de réinsertion de
précaires par le travail, le cynisme est à son comble).
Les flics ont d’abord enfoncé le portail donnant sur le jardin
entourant la maison. Ils se sont ensuite frottés aux nombreuses
barricades bloquant les différentes issues, parvenant malgré tout à
pénétrer dans le lieu, après quinze minutes d’acharnement sur la
porte de derrière.
Très vite, des soutiens sont arrivés avec banderoles, casseroles,
pancartes, pétards et fumigènes, obligeant les flics à improviser un
« cordon de sécurité ». Pendant plusieurs heures, ce groupe d’une
vingtaine de personnes a fait face à la police en criant des slogans,
en interpelant les passant-e-s et en brandissant des banderoles sur
le boulevard. Rejoint à divers moments par des badeaux et personnes
curieuses, il a bruyamment affiché son hostilité à la police, aux
huissiers et aux propriétaires. A noter qu’un sympathisant a été
arrêté, mais vite relâché.
Dès le début de l’opération policière, les trois occupantes sont
montées sur le toit et en ont ensuite condamné l’accès. Désemparés,
les flics ont alors tenté de négocier leur descente, pour ensuite
pratiquer le chantage (confiscation des clefs des véhicules, rendues
contre la reddition des occupantes). Pendant ce temps, d’autres se
sont employés à vider la maison de son contenu sur le trottoir. Après
presque 3 heures d’attente, le gros des troupes est ressorti de la
maison, cédant la place à un camion de pompier, piloté par un
individu hilare et fortement coopératif. Les occupantes ont alors été
pêchées une à une, puis relâchées, et ont finalement pu récupérer
leurs affaires, pendant que le rassemblement de soutien se
dispersait...
Au final, 3 heures et demie de résistance visible, ce qui a du
largement embarasser une préfecture qui ne souhaitait manifestement
pas de déploiement de force massif dans les allées les plus
bourgeoises de la région. Quoi qu’il en soit, les squatteureuses ne
baissent pas les bras, entendent réoccuper et ne pas laisser les
autres lieux en péril se faire expulser sans réagir.
Rappel : la Courdémone a été ouverte en septembre 2000 et s’est
attachée depuis lors à développer une vie collective entre femmes
ainsi que diverses activités publiques : bourse aux vêtements
gratuite, bibliothèque féministe et alternative, fêtes entre femmes,
débats (en non-mixité ou pas), expos, etc.
En cette période de fin de trêve d’hiver, d’autres squats demeurent
menaçés d’expulsion : la Boudronnée, lieu d’habitation ouvert le 15
mars 2001, et le Pamplemousse, dont l’expulsion, bien qu’illégale,
semble imminente, tant la nécessité de mettre un terme aux
occupations de lieu abandonnés se fait sentir.