Cyrille, peux-tu nous faire un point sur la situation depuis votre arrivée a Jérusalem ?
Dans un premier temps, je tiens à dire que les communications peuvent être coupées à tout instant : l’ armée israélienne utilise un brouillage qui rend instable les communications avec l’extérieur. Rien n’est donc garantie et la censure opère également ici.
Nous sommes partis de Lyon à trois (Murielle, Benjamin et donc Cyrille, le samedi 30 mars) et nous avons rejoins sur place à Jérusalem un groupe d’une quarantaine de personnes puis une centaine d’autres internationaux parmi lesquelles des Italiens, des Basques, des Espagnols, des Anglais et des Allemands dans le cadre d’une grande mission civile de protection du peuple palestinien. A ce moment là, les endroits où notre action était la plus nécessaire se trouvaient à Ramallah. Nous avons essayé à plusieurs reprise, car nous avons été bloqués par l’armée israélienne, de franchir le check point nous conduisant à Ramallah. Nous avons donc été obligé d’entrée clandestinement : nous sommes d’abord passé par une " zone tampon ", un chantier ou une carrière, pour rejoindre des taxis en territoire palestinien qui , toujours clandestinement, nous ont emmené jusqu’à l’Hôtel Ramallah.
Sur place, se trouvait déjà d’autres " internationaux " dont José Bové. La première décision a été de se rendre à la Moukata, les bâtiments qui abritent Yasser Arafat et ses collaborateurs : nous avons quitté l’Hôtel en manifestation, dans les rues vide de Ramallah soumise au couvre-feu de l ’armée israélienne, pour dans un premier temps s’approvisionné en médicaments à l’hôpital de Ramallah. Ici, nous avons pu vérifié que l’armée israélienne entre dans les hôpitaux à la recherche de blessés pour ensuite les emmenés : nous avons aucune nouvelles des lieux où sont conduit les blessés ni ce qu’ils deviennent. Nous avons donc décidé de nous opposer à l’entrée dans l’hôpital de soldats israéliens. A cette occasion nous avons assisté au retour de deux ambulances qui contenaient deux civils palestiniens mort. Images très dures.
Nous nous sommes mis en route vers le QG d’Arafat malgré les mouvements des chars israéliens et les intimidations, dont des tirs de mitrailleuse. Nous avons progressés calmement au milieu des canons israéliens, profitant le plus possible de notre " statut " d’européen, pour finalement pénétrer dans le QG d’Arafat sous les regards étonnés des militaires israéliens.
Quels sont les objectifs de votre Mission Civiles au QG d’Arafat ?
Nous sommes entrée au QG d’Arafat car nous supposions qu’un assault imminent de l’armée israélienne se préparait. Nous avons le sentiment d’avoir éviter un massacre : outre Yasser Arafat et ses gardes du corps, le QG abrite des civils dont 2 enfants. Au total, c’est une centaine de personnes qui est présente ici auquelle nous nous sommes ajoutés.
Depuis que nous sommes arrivés, les tirs israéliens ont cessés. Notre rôle de " protection " est donc efficace et nous contons resté jusqu’au départ de l’armée israéliennes des territoires occupés. Cette situation a redonnée le moral aux palestiniens présents ici . Nous avons même pu ouvrir les volets cette semaine pendant quelques minutes.
Quelles sont vos conditions de vie à l’intérieur ? Avez-vous été ravitaillés ?
Les conditions de vie sont difficiles. Pour la nourriture, nous avons pu utilisé jusqu’à maintenant des réserves stockées ici, notamment en eau. Nous devions être ravitaillés par le Croissant Rouge Palestinien, mais les ambulances sont bloqués par l’armée israélienne. Trois véhicules ont tout de même franchi les barrages après que les militaires israéliens les aient fouillés et se soit servit, notamment de cigarettes. L’armée israélienne a pris des photos, filmés les ambulances pour laisser pensé que c’est elle qui a pri l’initiative du ravitaillement. Elle a même annoncé avoir proposé à Yasser Arafat un ravitaillement en eau que celui-ci aurait refusé par crainte d’un empoisonnement.
Notre seul apport d’eau provient des palestiniens qui vont la chercher à l’intérieur d’un autre bâtiment, indépendant du notre, en courant. Ils ont également, cette fois à l’extérieur des bâtiments, réparés par deux fois des canalisations d’eau. Elles ont fonctionnées une demi journée avant que l’armée israélienne les détruisent à l’aide de leurs chars. Nous n’avons donc pas d’eau courante et nous vivons une situation sur le plan sanitaire et de l’hygiène très difficiles.
Cependant, se sont les conditions de vie à l’extérieur du QG qui sont les plus graves. L’armée israélienne confisque les ambulances, attaque les hôpitaux, détruit les écoles, empêche la circulation des médecins. L’armée israélienne se livre à un véritable démantèlement de la société palestinienne et de ses infrastructures : les chars rendent les routes impraticables et des bombardement ont visé des camp de civils.
Cyrille, quelles sont vos réflexions sur cette semaine d’opération militaire ?
Nous dénonçons fortement les exactions de l’armée israélienne commise au nom d’une opération " anti-terroriste ". Le déploiement des chars israélien sur tous les territoires occupés ne correspond en rien à une réalité terroriste au sein de la société civile palestinienne. Si les attentats de ces derniers jours qui ont été commis dans les villes israéliennes sont condamnables, ils sont la conséquence de la politique israélienne de colonisation des territoires occupés, de la quasi-apartheid dont sont victimes les arabes israéliens et des humiliations que subissent au quotidien les palestiniens.
Pour nous, l’armée israélienne poursuit un autre but que la lutte contre le terrorisme : d’abord, détruire le peu de structure économique et sociale de la Palestine qui avait été mis en place à la suite des accords d’Oslo en 1993 et ensuite mettre fin aux activités de Yasser Arafat qui est, nous le vérifions ici, un symbole fort de la résistance palestinienne . Nous n’avions pas forcément, avant de venir dans les territoires occupés, cette vision du peuple palestinien uni derrière le président de l’Autorité Palestinienne. Pour ces raisons, nous sommes persuadés que l’Etat israélien voulait prendre d’assaut le siège de l’Autorité Palestinienne afin d’en chassé Yasser Arafat et de l’exilé hors de Palestine. Nous sommes témoins qu’Arafat n’est pas disposé à se laissé capturé ou se rendre. La politique israélienne de provoqué l’émergence d’une autre classe dirigeante palestinienne risque de provoqué un massacre. No
Est-ce que vous vous sentez particulièrement soutenu dans votre action et informés ?
Il y a plusieurs aspects à évoquer. Sont présent ici avec nous d’autres français, des basques, des allemands, un anglais et un péruvien* Nous avons ainsi un retour des mobilisations internationales en Europe comme en Amérique du sud et aussi depuis le monde Arabe.
Nous estimons que la presse, au-delà de notre entrée spectaculaire dans le QG d’Arafat, est largement victime de la désinformation de l’Etat d’Israël. Ainsi, nous faisons tout notre possible pour diffuser nos propres témoignages. Si on perçoit bien la volonté d’Israël de modifier la réalité, nous constatons que les populations ne sont pas dupes : le nombre des mobilisations à travers le monde et leurs ampleur nous en apporte une preuve.
Toutes les personnes avec qui nous sommes en contact nous ont fait part de l’utilité de notre action. Ainsi nous resterons à Ramallah tant que l’armée israélienne n’aura pas évacué les territoires occupés. Il y a deux autres villes et on ne l’évoque pas suffisamment, ou une vingtaine d’européen sont en mission civiles de protection comme nous : à Bethléem dans le camp de deshet et à Gaza.
Ce matin Arafat a reçu la visite de Zini, l’émissaire américain. Que peut-on espérer ?
Nous avons senti cette semaine une amélioration sur le plan diplomatique mais à une vitesse largement inférieur à ce qui serait nécessaire. Le candidat Jospin a fait des propositions ridicules. Nous appelons à une mobilisation accrue en France pour presser Lionel Jospin et Jacques Chirac à prendre position : nous ne sommes pas en présence d’un conflit entre deux armée mais face à une armée d’occupation qui détruit un territoire entier et s’en prend à la population civile.
La diplomatie américaine par l’intermédiaire de Colin Powell puis W Bush ont réalisé un tout petit pas vers la diminution des opérations militaires israélienne. Bien évidemment, les clés du conflit dépend pour beaucoup du positionnement Etat-Unien. Si Zini a effectivement rencontré Yasser Arafat aujourd’hui à midi, nous en espérons rien si ce n’est qu’il témoigne à son tour auprès de W Bush de la situation dans les territoires Occupés. A son arrivé au QG d’Arafat, l’émissaire américain n’a pas adressé le moindre regard aux personnes civiles présentes. Il a refusé une lettre que nous avions tous ensemble, membres des missions civiles, rédigé pour faire part au gouvernement américain des conditions de vie à Ramallah et dans les territoires Occupés et exigé le retrais immédiat des militaires israéliens. Arafat c’est saisie de ce courrier pour le remettre lui-même à la délégation de Zini.
J’ajoute que les journalistes qui souhaitaient accompagné la mission Zini ont été refoulés avec des gaz lacrymogènes. La même situation s’est répété quand des Italiens, en missions civiles notamment à l’hôpital de Ramallah, se sont présentés au barrage militaire non loin du QG d’Arafat.
Cyrille, peux-tu nous informer sur le départ de neuf de tes compagnons du QG d’Arafat, jeudi 9 avril ?
Ces neuf personnes n’avait pu quitter le QG d’Arafat en même temps que José Bové. Elles souhaitaient poursuivre le travail des missions civiles mais à l’extérieur du QG. Elles n’ont en aucun cas " baissez les bras " mais veulent profité de leurs situation pour relayé les informations du QG vers l’extérieur, ce qui est fondamentale. Parmi les neuf Jean Paul, connaissant quelques problèmes de santé, à motivé ce départ. Il faut maintenant qu’il ait un maximum de possibilité de témoigné.
Retour sur la diplomatie : quel est l’action concrète sur le terrain du corps consulaire ?
Le consulat de France à Jérusalem, contrairement à l’Ambassade de Tel-Aviv, a une position claire par rapport au conflit. Par contre, leur action sont systématiquement entravé par l’armée israélienne tout comme celle du consulat britannique, des parlementaires européens ou des représentants religieux. L’émissaire américain Zini à lui aussi été une première fois refoulé avant sa rencontre avec Arafat. Cette attitude de l’Etat d’Israël face aux représentations diplomatiques nous laisse imaginer sans peine le sort réservé à la population palestinienne.
Notre départ est lié à celui de l’armée israélienne des territoires Occupés. Nous pourrons sortir en toutes sécurité du QG d’Arafat que dans ces conditions. Il est hors de question que nous soyons considéré comme des criminels et menottés. Nous sommes entrée ici dans le cadre d’une mission de protection du peuple palestinien, projet qui rejoint le mouvement social, parce que la communauté internationale est totalement défaillante. Nous ne nous laisserons pas interrogé, emprisonné ou expulsé.
Cyrille, as tu quelques mots à ajouter ?
Ces opérations militaires israéliennes " anti-terroriste " se veulent liées au moins sur un plan idéologique au attentats du 11 septembre. Je voulais préciser que le peuple palestinien est desservie par les dégradations des synagogues. Les protestations doivent être tournées vers les représentations diplomatiques, soit israéliennes soit américaines. Il faut promouvoir chez les juifs de France ou chez les Israéliens les prises de paroles opposé au gouvernement Sharon d’autant que la résistance palestinienne accomplit déjà son rôle. L’opinion internationale doit peser sur les décisions des gouvernements pour que nous allions au-delà du retrais des troupes israéliennes des Territoires Occupés : fin de la colonisation, du contrôle des populations arabes et réel développement d’un Etat Palestinien.
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