Dial house – un centre pour une alternative globale
Retour sur une cabane de bois
Dans une culture toujours écrasée par les intérêts corporatistes aveugles, il est toujours rafraichissant – si ce n’est pas une confirmation de notre droit à la vie – de pouvoir annoncer toute victoire contre ces intérêts...
Alors que les monstrueux édifices d’acier et de verre du Commerce étendent leur ombre de plus en plus sombre sur toutes les formes de communautés, la rude loterie de la vie au jour le jour devient une toujours plus complexe bataille. Qui, au juste, sur terre, bénéficie de la course à la mondialisation ? Comment existons nous si nous sommes enchaînés comme pas plus que des chimères dans la chaîne de production cirque des corporations ? Quel futur y-a-t-il pour notre culture si l’art, la poésie et la musique ne sont vues que comme un confort ? Juste comme Tin Pan Alley ne produira jamais du Miles Davis, ainsi que Charles Saatchi ne fera jamais du Francis Bacon. Si Marx n’avait pas dit que le commerce était l’anthithèse de la créativité, il aurait du le faire.
Ecrire que le problème est une question de "nous ou eux " peut apparaître un peu simpliste, mais peut-être est-il finalement aussi simple. Dit crûment, la culture authentique et/ou indigène est systématiquement enfouie sous le douillet euphemisme de " progrès mondial ".
Depuis 30 ans, DIAL HOUSE, une petite maison de campagne construite au petit bonheur la chance située au beau milieu de la campagne de l’Essex (region Est de Londres) s’est dressée comme un symbole de l’opposition aux dictacts de plus en plus envahissant du commercialisme. Tout au long de ce temps, la petite maison dans la prairie, a créé un centre communautaire culturel avec des intérêts aussi divers qu’un jardin-potager bio ou les differentes formes de free-jazz, depuis les remèdes médicinaux herbaux jusqu’aux actions directes dans la rue. Dans ces formes les plus publiques, Dial House est reconnue comme le lieu de naissance du plus grand festival d’avant-garde du Royaume Uni " ICE 72 " ; des légendaires festivals gratuits et libres de Stonehenge qui offrirent l’opportunité à un pulic aimant et marrant de peindre des arcs en ciel par dessus la sobriété, avant d’être écrasé sous les bottes du Tchaterisme ; et la base de CRASS, le groupe punk anarchiste qui a échoué dans son désir ambitieux de changer le monde, mais a contribué a changé l‘état d’esprit d’une génération.
Quand nous avons loué Dial House pour la première fois, il y a 30 ans, c’était une décharge abandonnée, infestée de rats avec un monceau d’ordures comme jardin. Mais, et ce n’est pas le moindre, nous y avons vu la possibilité de faire de nos rêves une réalité, de donner naissance à un centre créatif et thérapeutique commun.
Après avoir complètement rénové la maison, en y incluant un studio d’enregistrement, un local d’imprimerie, un lieu de répetition, et des ateliers, nous avons créé un jardin bio qui nous donna la possibilité d’être autosuffisants. Plus on cultivait, plus on pouvait le partager.
Depuis son établissement en 1967, la manière de vivre à Dial House a cherché à offrir aux résidents, invités, visiteurs et à la communauté locale une alternative possible à la toute puissante morale de la consommation. Depuis plus de 30 ans, la communauté de Dial House a partagé ses visions de possibilité et d’espoir contre une culture dans laquelle la gloutonnerie personnelle est devenue une norme acceptée.
Durant les 12 dernières années, Dial House et les fermes et terres qui l’entourent ont été la cible de l’appétit de différentes corporations, parmi lesquelles British Telecom, la plus puissante et la construction de l’autoroute M15 la moins ebruitée. Des projets allant de parcs à thèmes à un développement en nombre de logements luxueux ont été avancés mais ont été annulés grâce à la force de la protestation publique. Enragés par le fait de ne pouvoir faire d’énormes profits alors qu’ils pensaient que ce serait facile, les speculateurs ont catalogué Dial House comme un nid de frelons en opposition et on retourné leur rancune contre ses habitants. Ainsi ont suivi une avalanche d’arrêts d’expulsion, de batailles au tribunal et d’harassements divers, lesquels n’ont eu aucun des effets désirés (par les propriétaires). Finalement voyant qu’ils avaient perdu cette bataille les gros rapaces s’en sont retournés la cravate entre les jambes de leurs costumes Armani, et ont mis Dial House aux enchères.
Si vous connaissez quelquechose sur CRASS, vous devez savoir que même si nous avons vendu des milliers de disques, le profit n’a jamais été inscrit sur nos agendas. Tant qu’il y’avait de la nourriture dans le jardin, un toit sur nos têtes et des amis avec qui passer du temps, nous étions assez heureux. Il n’est pas surprenant que nous soyons aujourd’hui aussi fauchés qu’il y a 30 ans et par conséquent nous n’avons pas les fonds nécessaires pour prendre une option sur la vente de Dial House. Trop longtemps nous avons du supporter la main des propriétaire seigneurs pour qui le seul intérêt en Dial House réside dans sa valeur matérielle. Trop longtemps nous avons du mettre de côté nos désirs de changement radical simplement pour être traînés devant les tribunaux ou pour nous conformer aux restrictions des termes légaux de notre contrat de location. Nous voulions grandir personnellement et augmenter nos opérations, mais nous savions que tant que nous ne possederions pas Dial House, cela ne serait pas possible.
Pour nous assurer une chance de succès aux enchères, nous devions reunir quelque chose comme 150 000 livres (1 500 000 francs), une trop énorme somme d’argent pour nous. Ainsi, parce que nous désesperions de préserver ce qui est presque devenu une institution nous avons au début de l’année 2001 lancé un appel de fonds. La réponse a été immédiate et bien que d’ici la date des enchères nous n’aurions pas la somme suffisante nous nous sommes senti assez confiants pour emprunter à nos amis et aux gens qui nous soutiennent pour obtenir cette somme.
Sachant que les seigneurs propriétaires terrien bloqueraient toute tentative de notre part pour récupérer Dial House nous avons demandé de l’aide à une amie, Sue, qui 25 ans avant participait à Dial House et qui aujourd’hui s’occupe d’une compagnie de gestion de propriétés dans l’Est de Londres. Elle nous a donné une description si impeccable de la situation qu’il y avait une chance pour que Dial House deviennent notre en envoyant un de ses collègues aux enchères afin de l’acheter pour nous. Les enchères se sont finalement montées à 158 000 livres (plus ou moins 1 million 6) et nous n’avions plus qu’à attendre la réalisation officielle de la vente afin de pouvoir enfin boucler cette boucle, avoir un regard vers le futur, une dette de 100 000 livres (1 million), mais pouvant nous réjouir que Dial House était désormais en sécurité.
Notre projet est que Dial House continue comme elle l’a toujours fait, comme une maison sûre : un espace où il y a un accueil, où il y a un lit pour la nuit, une conversation, de la nourriture et la possibilité de partager des idées. Sur cette base nous allons continuer la tradition de Dial House de créativité radicale, offrant ses facilités pour un toujours plus large public, sous le nom de la Dial House Foundation – un centre pour une alternative globale.
Nous voulons mettre en place des ateliers couvrant un éventail d’activités allant de cours de médecine naturelle à des week ends littéraires ; offrir un espace de répetition et un studio à des musiciens et artistes visiteurs ; organiser des discussions et débats pour contribuer au dialogue radical international qui va toujours plus en grandissant ; organiser des concerts, des projections, des expos, des lectures et débats (possible dans la salle du village) ; élargir notre propre champ de vision et en même temps investir la communauté locale, et plus spécialement les jeunes.
Tout argent récupéré au travers de ces activités sera recyclé dans d’autres projets. Nous allons ouvrir un site web pour agrandir le réseau, ouvrir la maison et le jardin à de nouvelles activités et de nouvelles pensées, et ouvrir nos oreilles à un avenir neuf et vivant.
Un comité constitué d’une demi douzaine de personnes investies, faite de résidents et de non résidents, se réuniront régulièrement à Dial House pour administrer le fonctionnement, l’agenda et la politique générale. A côté de cela, les résidents permanents poursuivront leur travail personnel – peinture, écriture, musique, jardinage, etc…
Le but de la fondation est de rassembler les différents éléments d’une culture qui au cours des 20 dernières années a été mise à part d’une manière dévastatrice. Dial house, à nouveau ouvre ses portes à un avenir radical. Que cela soit le pouvoir guérisseur de la musique ou la rage de confrontation des roads-protestors (activistes anti autoroutes), la fondation donnera des facilités à la fois pour le débat et pour la réalisation – le futur est notre si nous le voulons.
Quoiqu’il en soit, à court terme, notre attention immédiate doit aller aux essentielles réparations négligées pendant plus de 5 ans par le précédent propriétaire et dont nous n’avions pas le droit de nous occuper sous peine de poursuite. Lorsque le temps le permet, nous allons réparer et partiellement refaire la toiture. A part s’occuper de l’infrastrucure, nous allons développer nos plans pour la fondation et d’ici la fin de l’année définir tant une strucure d’organisation un premier programme d’ateliers et d’évènements hébergés à Dial House. Nous sommes interessés par toutes les propositions d’éventuelles activités, particulièrement si vous voulez vous-mêmes organiser un atelier (mettre ses idées sur papier et l’envoyer par la poste).
Pendant ce temps, les évènements que nous et d’autres organisons comme partie de l’appel continuent, ainsi que cet appel en lui même. Merci à la gentillesse et à la générosité de nombre d’individu-e-s et avec l’apport de nos économies personnelles, nous avons déjà eu la possibilité de rembourser 65 000 £ivres (650 000 f.) de l’argent avancé par des amis ou des sympathisants pour le rachat de Dial House. Comme la maison a été vendue aux enchères presque deux fois le prix que nous avions estimé, l’appel sera toujours valable pour nous aider à réaliser notre objectif de rembourser la dette dans les trois ans, et d’ici là le programme de la fondation des évènements et ateliers seront bien établis.
A nouveau, merci beaucoup à tou-te-s ceux-lles d’entre vous qui nous auront aidé à racheter la maison et qui, nous l’espérons continueront à nous aider à faire de la fondation une réalité.
L’autodétermination et l’auto-organisation sont des outils cruciaux dans la lutte contre les forces rampantes du capitalisme. Ce nouveau centre est dédié à contribuer à la création de ces outils.
Saisis toi de tes propres reves avant que quelqu’un ne les transforme en cauchemar.
Dial House, 27 mars 2001.
Contacts
par courrier :
dial house, ongar park hall, north weald, epping, essex cm16 6ae, g.b.
par e-mail :
Dial House
(Gee récuperera les message une fois par semaine alors soyez patient-e-s…)
SITE WEB :
Dial House
(vous pourrez y trouver les dernières infos sur le projet ainsi que la programmation des actions de soutien ou projets en cours, ainsi que l’historique de Crass, etc…)