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[don't hate the media... become the media]   08/10/08 - 04:34
[dépêches]


La non reforme agraire au coeur de la répression des mouvements paysans

Par Jean-Marc Desfilhes

De l’île de Sumatra, à la vallée du fleuve Sénégal, du massif central aux steppes de Mongolie, des confins de l’Australie aux parcelles nouvellement creusées dans les forêts équatoriales, les luttes pour la possession ou l’usage de la terre sont au coeur des conflits qui ensanglantent et qui endeuillent, jour après jour, depuis la nuit des temps, les communautés villageoises.

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Ces guerres de l’ombre, locales et souvent silencieuses ont été exacerbées par l’explosion démographique qui au cours des cinquante dernières années a vu la population de notre planète passer de 3 à 6 milliards d’humains. L’emprise des villes, des lotissements tentaculaires, des routes, des aéroports et des centres commerciaux mordent fortement sur les meilleures terres des vallées. Le réchauffement climatique entraînera, plus personne n’en doute, un relèvement du niveau des mers, la disparition d’un nombre effrayant d’hectares et le déplacement inéluctable de communautés rurales à la recherche d’autres terres. Au cours des 20 prochaines années, il nous appartiendra de faire de la place à 3 milliards d’habitants supplémentaires. La terre est rare, de plus en plus rare, les défis sont gigantesques et nos sociétés paraissent bien fragiles pour trouver des solutions socialement responsables.

Pour Via campesina, un accès plus juste au foncier est la condition préalable indispensable à un développement économique harmonieux des zones rurales et dans de nombreux cas, ceci passe inévitablement par une réforme agraire. Pendant que des centaines de délégués paysans venus du monde entier s’étaient rassemblés le 17 avril 1996 au Mexique pour réaffirmer leurs droits collectifs, les forces paramilitaires à la solde des grands propriétaires brésiliens encerclaient un groupe de familles de Sans Terre avant de procéder à une tuerie systématique. La nouvelle du massacre d’Eldorado dos Carajás, dans l’Etat du Pára fit l’effet d’une bombe parmi les membres de Via campesina. Ils décidèrent de faire du 17 avril, une journée internationale de Commémoration et de lutte.

Six ans plus tard, les tensions découlant de conflits sur le foncier sont toujours aussi vives. Au brésil, Selon la Banque mondiale, 0,83 % des propriétaires détiennent à eux seuls 43 % des terres cultivables, tandis que 23 millions d’ouvriers agricoles et de petits paysans vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le MST estime qu’au cours des dix dernières années, près de 1000 paysans ont été assassinés par les hommes de main des propriétaires. Seulement 57 personnes ont été jugées pour ces meurtres.

Au Philippines comme au Nicaragua, la réforme agraire n’a pas été dotée de moyens financiers suffisants pour permettre une réelle répartition des terres et une pérennisation des exploitations familiales nouvellement créées. Le nombre de paysans sans terre restent très élevés et les heurts avec l’armée qui protègent les haciendas restent monnaie courante. Le pouvoir en place n’hésite pas à emprisonner les leaders syndicalistes. Au Bangladesh, certaines rivières changent de cours au fil des saisons. Les îlots de terre qui apparaissent, les Chars, sont l’objet de toutes les convoitises et ici aussi, le droit est souvent du côté du plus fort.

Répression sans frontière

Dans le monde entier, l’écrasante majorité des syndicalistes emprisonnés, sont derrière les barreaux parce qu’ils refusent cette injustice, et ne demande bien souvent, qu’un lopin de terre suffisamment grand pour nourrir leur famille et assurer leurs besoins les plus élémentaires en médicaments et en éducation. En faisant de la journée du 17 avril 2002, une journée de lutte pour la reconnaissance des droits paysans, Via campesina se lance dans une campagne de longue haleine pour obtenir la libération de ces prisonniers et la relance de nouvelles réformes agraires pour permettre aux petits paysans de vivre dignement de leur travail.

  • Au Brésil, le 17 avril 1996, les forces de l’armée agissant sur ordre des grands propriétaires terriens, massacrèrent 19 paysans sans terre de la région de Carajas. Les auteurs de cette tuerie sont restés impunis jusqu’à aujourd’hui. Leur procès doit enfin s’ouvrir le 8 avril 2002 à Belém. Pour que justice soit rendue, Via campesina exige que cette affaire soit jugée par la Cour Fédérale, seule susceptible de faire preuve d’impartialité. Via campesina demande que des peines exemplaires soient prononcées pour que cesse le règne de la terreur et de l’impunité dans les campagnes. Au cours des 10 dernières années, 1000 personnes ont trouvé la mort dans des conflits liés à l’accès au foncier et moins de 53 assassins ont été jugés.
  • Trois militant de MST de l’Etat de Sao Paulo : Daniel da Costa Albuquerque, José Carlos Pio y Miguel Serpa da Luz, sont actuellement emprisonnés.
  • La Bolivie est le théâtre de luttes très dures entre les paysans et le gouvernement central, exacerbées par l’interdiction de vendre la feuille de coca. La pression foncière se trouve également au coeur de conflit entre des paysans sans terre et les grands propriétaires. Silvia Lazarte (Leader national de l’organisation Bartolina Sisas) Margarita Teran, Selder Emilio, Eugenio Abendano H., Lidio Julian viennent d’être libérés mais risque de nouveau d’être emprisonnés.
  • En Colombie : en 1996, Massacre de l’hacienda de Bellacruz : 38 paysans. Le 25 avril 2002 s’ouvrira le procès de certains des auteurs de ce crime. Nous demandons l’extradition vers la Colombie de Carlos A. Marulanda, propriétaire terrien et ex-ambassadeur de Colombie auprès de l’Union européenne. A. Melinda est actuellement en détention à Madrid.

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  • Le massacre de Santo Domingo dans le Département d’Auraca le 13 décembre 1998 a été perpétré par les forces armées colombiennes. Ce bombardement a causé la mort de 19 personnes, parmi lesquelles se trouvaient 7 enfants. Nous demandons que lumière soit faite sur cette tuerie.
  • Aux Philippines : les gouvernements successifs ne sont pas dotés des moyens politiques necessaries pour faire avancer la réforme agraire qu’ils promettent de longue date. De nombreux conflits éclatent dans les campagnes. Actuellement Manolito Matricio (Ancien member du Conseil national du KMP) Ruben Balaguer, Gelito Bautista, Eduardo Hermoso, Mario Tobias et Joshua Ungsod sont en attente d’un procès.
  • Au Bangladesh : selon la loi foncière, les « Chars », îlots de terre nouvellement émergés doivent être attribués en priorités aux paysans sans terre. Les gros agriculteurs n’hésitent pourtant pas à se les approprier par la force. Laskar Mohammad Khalilur Rahman (Bangladesh Krishok Federation), Dactar Md. Kabir (Bangladesh Krishok Federation), Rahima Begum (Bangladesh Kishani Sabha), Sipra Rani (Bangladesh Kishani Sabha) sont actuellement emprisonnés pour avoir tenté de faire prévaloir leurs droits.
  • En Indonésie : Rais bin Amsar, Yusup bin Marsa, Asgari bin Arwa, Sarhadi bin Wari, Samsyuri bin Usma, Usri bin Karsi, Jamali, Warta bin Alias, Ahmad Nurjali (all members of Banten Peasant Union - an organization member of FSPI). Tous ces militants se trouvent emprisonnés au village Cibaliung, Cibaliung sub-district, Province de Banten.
  • En France :José Bové, Bernard Moser, Christian Brousse (Confédération Paysanne) ; René Riesel, Eric Leblanc (ATTAC) et Jean Beaufort (instituteur), ont été condamné à des peines de prison ferme pour les actions non violentes qu’ils ont mené contre les essais transgéniques et la et contre globalisation capitaliste.

    Mondialisons la lutte pour mondialiser l’espoir !

    Via campesina est un réseau mondial d’organisation paysannes et indigènes qui regroupe plus de 80 et associations et syndicats originaires de quatre continents. Via campesina lutte pour une répartition plus équitable des moyens de production et en particulier de la terre entre les paysans. Elle soutient les actions d’occupation de terre par des paysans pauvres et demande que les programmes de réformes agraires soient dotés de moyens financiers suffisants pour pouvoir être mis en oeuvre rapidement.

      - Via campesina milite pour le droit des peuples à la souveraineté alimentaire. Elle souhaite donc que chaque pays ou groupe de pays puisse définir les politiques agricoles les mieux adaptées aux besoins de sa population en se protégeant au besoin par des taxes sur les importations.
      - Via campesina est farouchement opposée à toute forme de brevetabilité du vivant, considérant que les plantes et les animaux constituent un patrimoine inaliénable.
      - Via campesina dénonce et combat le s politiques néolibérales de la Banque Mondiale, du FMI et de l’Organisation mondiale du Commerce.

    Elle sera présente à Rome du 11 au 13 juin 2002 pour faire entendre la voix des paysans au Sommet mondial de l’alimentation des Nations-unies.

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    Photos : Bruxelles 17 avril 2002, « journée internationale contre la répression des mouvements paysans et indigènes et contre la répression des mouvements sociaux ».

  • Source/auteur : Jean-Marc Desfilhes - Via campesina
    Mis en ligne le vendredi 19 avril 2002, par germinal
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