Gènes. 20, 21 et 22 juillet 2001. Huit hommes, représentants les 8 pays les
plus riches, tiennent séance pour décider de l’avenir du monde. Qui sont-ils
pour prétendre orienter les politiques sociales, économiques, culturelles et
environnementales mondiales ? Ces "maîtres du monde" sont les chefs d’Etat
de l’Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l’Italie, du
Japon, du Royaume-Uni, de la Russie. Aucun autre pays n’a voix au chapitre.
Leur assurance est sans faille et ils prétendent oeuvrer pour le bien de
toutes et de tous ! Si le G8 n’a en théorie qu’un pouvoir consultatif, ses
décisions de principe sont automatiquement reprises par des organisations
internationales comme le F.M.I, la Banque Mondiale et l’O.M.C qui font
toutes partie des mêmes rouages. Du haut de leur assurance et de leur
puissance, ils se réunissent sous haute protection, faisant renaître la
citadelle de Gènes, une citadelle à présent gardée par des tireurs d’élite
et l’armée, survolée en permanence par des hélicoptères : ils s’enferment
dans une "zone rouge" où toute apparition citoyenne fait frémir.
Ils veulent nous faire croire que le système économique va dans notre
intérêt ; que des taxes peuvent résoudre l’effet de serre ; que les bombes
qu’ils lancent contiennent des matériaux radioactifs sans danger ; que les
multinationales fabriquent des biotechnologies pour combattre la faim dans
le monde à coup de tomates géantes ; que la prohibition est la voie qui
sauvera le monde des drogues. "Nous engraissons les vaches avec des farines
animales pour votre bien, le travail mobile et flexible est la seule
solution contre le chômage, les caméras de télésurveillance à tous les
carrefours sont installées pour votre sécurité".
Ainsi vont les fables que nous entendons raconter tous les jours.
Pourtant, depuis Seattle, Millau, Prague, Nice, Québec, la vague de
contestation s’amplifie. La réalité est là : licenciements massifs,
flexibilité, précarité, libéralisation des services, dégradation des
systèmes de protection sociale, entrave à la libre circulation des
personnes, ghettoïsation, guerres. Voilà la mondialisation qu’ils
construisent depuis leurs palais feutrés. Voilà la mondialisation que nous
entendons contester.
Au fond de leur projet : une intensification inégale de la croissance
économique et une extension du marché gouverné par les multinationales. Les
barrières locales au commerce doivent être éliminées (AGCS), le
démantèlement de l’Etat-Providence doit être imposé (refondation sociale du
MEDEF), l’assujettissement des pays du sud doit être maintenue (dette), la
circulation des flux financiers favorisée (paradis fiscaux) et l’inégalité
homme-femme maintenue au rang de loi "naturelle". Cependant, l’augmentation
des flux migratoires, des violences, de la pauvreté et des désastres
environnementaux, des dangers alimentaires et des faillites des politiques
de sécurité sanitaire sont traités dans les médias comme s’il s’agissait de
faits sans rapport les uns avec les autres, alors que tous dépendent d’un
même mécanisme : le néolibéralisme.
C’est pourquoi le contre-sommet du G8 doit être l’occasion de donner une
voix et un visage à toutes et à tous les oublié-E-s de ce monde, depuis les
montagnes du Chiapas, les paysans sans terre du Brésil, jusqu’aux
sans-papiers, sans-logis, chômeuses et chômeurs, sans-droits de nos cités.
Nous avons décidé d’arrêter la machine, de ne plus en être des rouages mais
bien des bâtons qui enrayent le moteur malade du néolibéralisme occidental.
La désobéissance civile prendra plusieurs formes. Le sommet du G8 ne sera
pas seulement une occasion pour élever nos voix, ce sera aussi une explosion
de liberté, de fête, de musique, de danse et d’amusement. Quand les huit
grands se rencontreront pour discuter du futur économique et politique de
l’humanité tout entière, ils feront face à une dérision globale : celle des
milliers de personnes du monde entier qui occuperont les rues de Gènes et
face aux puissants et à la police, garde-fou armé de leur sinistre
spectacle. Un carnaval de désobéissance, emmenant sa propre fête jusqu’au
coeur de la zone rouge, sera la voix de notre résistance !
Nous n’obéirons pas à l’interdiction de dépasser le périmètre interdit, ni
aux intentions de protéger le passage des délégués, protégés par l’oeil
vigilant des caméras et des postes de surveillance ! Notre lutte n’a pas de
frontières, elle ne peut que refuser les barrières, les murs et les châteaux
forts que, dans leur arrogance et leur peur, ils veulent dresser contre
nous. Nous avons fait tomber le mur de la honte de Québec, nous avons fait
fuir les délégués du FMI qui entendaient poursuivre leurs palabres à
Barcelone en faisant taire le reste du monde, nous avons relégué l’O.M.C à
Qatar, en un lieu où ils croient pouvoir décider pour nous sans être
dérangés, nous prendrons possession de la forteresse Gènes !
Pendant trois jours, à Gènes, notre carnaval sera notre mondialisation, une
mondialisation festive, belle, libre, démocratique et offensive. Elle saura
tourner en ridicule les démonstrations pitoyables de la force de ceux qui
gouvernent, elle dira encore une fois que nous sommes nombreux, hommes et
femmes, chômeuses et chômeurs, étudiants et étudiantes, sans-papiers,
sans-logis, ouvrier-E-s licencié-E-s et ouvrier-E-s précarisé-E-s, artistes,
agitateurs et agitatrices, unis contre ceux qui veulent nous priver de nos
rues et de nos villes, de nos droits et de notre liberté, de nos vies.
De Seattle à Gènes, nous serons toujours désobéissant-E-s face aux puissants
!
AARRG !!