Les 40 internationaux qui sont dans le Palais assiégé du Président Yasser Arafat à Ramallah sont venus en Palestine occupée dans le cadre d’une mission civile pour la protection du peuple palestinien. Notre groupe est représentatif d’un vaste mouvement international de solidarité. Il s’est rendu au Palais présidentiel le 31 mars, en accord avec le collectif G.I.P.P.P., notre partenaire pour cette mission, pour empêcher l’ultime assaut prévu de toute évidence par Ariel Sharon.
Depuis notre arrivée dans des bâtiments, non encore occupés par l’armée israélienne, les assauts meurtriers ont cessé. Chaque jour qui passe rend plus difficile l’accomplissement du projet d’Ariel Sharon, la liquidation physique ou l’emprisonnement du Président Arafat comme de tous ceux qui l’entourent et le défendent. Le temps gagné a permis que se développe dans le monde un très ample mouvement de solidarité avec le peuple palestinien et avec le Président Arafat qui incarne son unité dans la résistance. L’envoi par les Etats-Unis de trois émissaires successifs à la Moqata’a entre le 6 et le 22 Avril montre que Yasser Arafat demeure le représentant reconnu et légitime du peuple palestinien.
Avant hier, 21 avril, en début de matinée, on nous communiquait qu’une unité spéciale de l’armée israélienne s’apprêtait à lancer l’assaut contre nos bâtiments. Peu après, nous apprenions que le Consul de France à Jérusalem avait enfin été autorisé à nous rendre visite. M. Denis Piéton nous a expliqué que les rumeurs concernant une attaque prochaine devaient être prises au sérieux. Le groupe, ayant prévu de faire rentrer certains des nôtres dans leurs pays respectifs afin de témoigner, le Consul nous a signalé qu’il pouvait les emmener, espérant que sa présence pouvait garantir une sortie sans violence et dans la dignité. Après une discussion sérieuse au cours de laquelle chacun a pu s’exprimer, notre groupe a jugé que les israéliens en autorisant cette visite consulaire ce jour et en suggérant une sortie possible, faisaient pression indirectement pour nous faire quitter Moqata’a. Le groupe, unanime, a donc refusé la proposition du Consul de France.
L’après-midi de ce 21 Avril, une douzaine de personnes, originaires d’Australie, du Danemark, des Etats-Unis, du Royaume Uni et de France, ont réussi à briser le siège du Palais présidentiel pour nous rejoindre, malgré l’intervention des soldats israéliens (manœuvres de jeeps pour leur barrer le passage, tirs d’intimidation avec armes automatiques, bombes assourdissantes, grenades lacrymogènes). Une relève étant assurée, nous avons pu mettre à exécution, dès le 22 avril, notre projet d’envoyer à l’extérieur une délégation pouvant continuer à relancer la médiatisation de la lutte engagée ici et la mobilisation pour la survie des institutions autonomes palestiniennes. Nos camarades ont été arrêtés par les soldats israéliens dès leur sortie et ont été placés le soir même dans des centres militaires de rétention.
A ce jour, l’armée israélienne resserre l’étau autour du Palais : des bulldozers édifient des sortes de remblais, entassant les décombres des bâtiments détruits ainsi que des voitures écrasées par les chars ; ils élargissent des pistes sur lesquelles pourront être installées des clôtures " électroniques ". Nous n’avons reçu aucun approvisionnement depuis 8 jours. La situation est critique. Ariel Sharon refuse de se soumettre aux injonctions des plus hautes instances internationales, en particulier à celles qui ont été renouvelées à Madrid le 10 Avril dernier. Il peut se permettre d’ignorer toutes ces résolutions puisque Colin Powell qui était chargé d’en vérifier l’application n’en a rien fait. En imposant pas un retrait des troupes d’occupation qui aurait permis un cessez-le-feu, il a une fois de plus, donné l’aval des Etats-Unis au gouvernement israélien.
Pour les Palestiniens et le Mouvement international de solidarité, le combat n’est donc pas encore terminé, le siège de la Moqata’a doit être immédiatement levé, le Président Arafat et tous ceux qui l’entourent doivent retrouver leur liberté de mouvement. Nous demandons aux militants qui le peuvent de venir à Ramallah multiplier les manifestations autour du Palais présidentiel. Plus largement, la passivité de nos gouvernants devant le drame palestinien doit cesser pour que cesse l’occupation et la colonisation israélienne.
C’est pourquoi, de façon déterminée, nous appelons à :
l’intensification des actions et manifestations pour que des sanctions politiques et économiques soient prises contre l’Etat israélien,
la mise en place du boycott des produits issus de l’économie israélienne,
l’organisation ininterrompue de missions civiles pour la protection du peuple palestinien.
Dicté par téléphone le 24/04/2002 à 7h GMT