Le Front National est au second tour des élections présidentielles créant de ce fait une situation inédite en France. Nous payons ainsi la banalisation des idées anti-démocratiques et les stratégies complaisantes de la classe politique à son égard. Et le virus est d’autant plus dangereux que les défenses immunitaires font défaut.
Nous savons que Le Pen est un fasciste. Hier tortionnaire en Algérie, il est aujourd’hui le manipulateur des peurs et des désarrois. Il a fait de la misère sociale son fond de commerce. Devenu le producteur permanent du discours anti-immigrés et anti-jeunes auquel les médias ont offert une tribune systématique, il a réussi à contaminer les débats, à influencer les comportements et pratiques politiques françaises. Une société qui refuse la diversité est une société qui se meurt. Une société qui a peur de sa jeunesse est une société qui n’a plus d’avenir.
Dans le contexte actuel particulier d’effondrement du PS et du PC, nous militants du mouvement social prenons nos responsabilités : nous appelons à nous opposer au Front National.
RESPONSABLES ET COUPABLES
Nous n’oublions pas que des responsabilités précises existent. Que la Gauche au gouvernement n’a fait que décourager le "peuple de Gauche" depuis de nombreuses années. En méprisant les colères des exclus, des travailleurs licenciés, des sans-papiers, des jeunes des cités sans avenir, des immigrés sans droits de vote, des victimes de la mondialisation, etc.
Cette Gauche est responsable et coupable.
Nous n’oublions pas que le discours sécuritaire n’a pas été le seul fait de Le Pen. Les lois Pasqua- Debré en sont une illustration, la vidéo surveillance une déclinaison.
Nous n’oublions pas les propos sur " les odeurs " d’un Jacques Chirac.
Nous n’oublions pas les débuts de la campagne électorale de Jospin reprenant un par un l’ensemble des thèmes sécuritaires déjà exploités par la Droite.
Nous n’oublions pas les promesses non tenues par la Gauche : régularisation des sans-papiers, droit de vote pour les immigrés, abrogation de la double-peine, etc.
Nous n’oublions pas les positions partisanes de Jospin et du parti socialiste alors que le peuple palestinien vit le martyr.
Nous n’oublions pas le renvoi dos à dos de l’agresseur et de l’agressé, de la politique terroriste d’Israël et de la résistance des palestiniens, du bourreau et de la victime.
Nous n’oublions pas qu’encore cette semaine plusieurs personnes et organisations de Gauche continuent à parler de "démocratie israélienne" (Sic) et de " soutien inconditionnel à l’état d’Israël ".
Nous n’oublions pas que la Gauche française si prompte à manifester contre le racisme, a toujours refusé de voir le caractère discriminatoire de la représentation politique française qui depuis des décennies, exclut massivement les candidat(e)s issu(e)s des immigrations post-coloniales. La France qui a été un des derniers pays à accepter la présence des femmes dans les institutions politiques reste un des rares pays européens dont la classe politique est exclusivement blanche. Les Français d’origine extra-europénne dont les parents sont parfois morts pour la France ne sont présents ni au gouvernement, ni au Sénat. Ils sont quasiment absents de l’assemblée nationale, des les conseils régionaux et générauxŠtout cela au nom d’un universalisme perverti.
RESPONSABLES ET CAPABLES
Nous récusons les discours visant à culpabiliser les abstentionnistes du premier tour et parce que nous sommes démocrates, nous nous refusons à critiquer ceux qui ont choisi de voter librement.
Nous affirmons que la Gauche est responsable de la situation et nous refusons la moralisation et la confusion dans la recherche des causes de la situation. Notre volonté de faire barrage au FN pour le second tour n’occulte en rien les exigences qui continueront d’être les nôtres.
Trahi(e)s depuis trop longtemps nous sommes responsables et capables de combats de longue haleine.
Nous affirmons qu’à l’avenir, parce que nous sommes épris de justice sociale, aucun soutien ne sera apporté aux candidat(e)s qui ne s’engagent pas à prendre en compte l’ensemble de nos préoccupations égalitaires, fondement même de la République. Nous sommes responsables et capables de combats de longue haleine.
Nous affirmons qu’il n’y aura pas de soutien sans réponse concrète aux véritables aspirations des habitants de ce pays : logement, travail, justice, éducation, protection...
Pas de soutien sans abrogation de la double-peine.
Pas de soutien sans le droit de vote accordé aux citoyens immigrés sans distinction d’origine.
Pas de soutien sans annulation immédiate de la dette des pays pauvres.
Pas de soutien sans condamnation claire du sionisme.
POUR UNE RÉSISTANCE CITOYENNE
Nous appelons à une résistance citoyenne qui non seulement fasse barrage à Le Pen mais s’engage sur des propositions fermes et sans ambiguïtés tant à l’échelle nationale qu’internationale.
Nous appelons à une résistance citoyenne autour de ceux qui, ces dernières années ont montré par leurs luttes qu’un autre monde est possible : travailleurs humiliés et licenciés, mouvements pour le droit au logement, sans papiers, militants contre la double-peine, mouvements contre la mondialisation, militants des quartiers populaires et pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes.
Et comme ce sont toujours les minorités qui ont rappelé à la majorité les valeurs de la République, nous ne transigerons pas et nous appelons à un mouvement social qui ne soit pas à la remorque d’une Gauche qui a failli.